Discours · 11 mai 1976

Réponse au discours de clôture du président Giscard d'Estaing à la 3e conférence franco-africaine

Monsieur le Président de la République Française,

Au nom de mes Collègues qui m'ont délégué pour répondre à votre discours de clôture, j'ai l'honneur de vous exprimer notre profonde gratitude pour la réussite de cette troisième conférence franco-africaine.

Nos travaux qui ont commencé hier aux Champs Elysées et qui finissent aujourd'hui dans ce cadre de l'harmonie et de la mesure qu'est Versailles ont bénéficié certes d'un des cadres les plus propices à sa totale réussite. Et leurs résultats fructueux sont la récompense bien méritée de la chaleur de l'accueil français, légendaire, nous témoigné tout au long de notre séjour dans cette belle capitale par le Président Valéry GISCARD D'ESTAING, Lui-même, par le Gouvernement et le Peuple français.

Monsieur le Président,

Chers Collègues,

Nous nous félicitons de l'initiative prise voici quelques années par la France de réunir, dans un pays de notre choix, un Sommet franco-africain, pour discuter, entre Responsables de nos pays respectifs, des grands problèmes qui accablent le monde.

Comme le Président de la République Française nous en a tracé un tableau éloquent, nous avons traité pendant deux jours :

  • de l'inflation mondiale
  • du problème des matières premières,
  • du dialogue Nord-Sud
  • des formes de la coopération franco-africaine.

Notre Conférence a essayé, avec franchise, comme vient de le souligner le Commissaire d'Etat zaïrois aux Affaires Etrangères, d'approcher, d'étudier et d'examiner les problèmes en se mettant à la hauteur de l'humain et de l'homme par le cheminement, long bien sûr, vers une recherche de solution équitable de ces problèmes, grâce à une dialectique pragmatique de dialogue et de concertation.

Notre conférence a également souhaité que des conditions favorables au développement harmonieux de nos pays respectifs soient réunies dans un ordre économique qui combatte les inégalités, la régression des aides publiques, l'inflation mondiale et qui, en même temps, favorise le dialogue permanent entre les riches et les pauvres, entre producteurs et consommateurs, entre pays industrialisés et pays sous-équipés. Un ordre économique qui recherche la convergence des analyses et des énergies et qui approfondisse toutes les possibilités et formes de coopération.

Dans le domaine important de l'inflation mondiale, nous nous félicitons hautement de la politique de la France qui ne cesse de déployer tous les efforts pour que le chaos actuel cède la place à la stabilité monétaire dans l'intérêt bien compris de tous les pays développés ou sous-développés.

Les pays en voie de développement doivent soutenir cette politique, car ils sont les premiers à souffrir de l'inflation mondiale qui dans nos pays, nous est imposée par la conjoncture extérieure venant ainsi aggraver nos propres problèmes socio-économiques.

Il est aujourd'hui admis par tous les pays que la coopération internationale doit dépasser le stade des simples relations commerciales pour tendre vers l'instauration aussi rapide que possible d'un nouvel ordre économique mondial, basé sur la justice distributive bien comprise par tous les partenaires, riches et pauvres. Cette redistribution doit prendre pour base aux yeux des pays du tiers monde, la fixation équitable des prix des matières premières.

Nous sommes de ceux qui croient qu'une certaine forme de libre coopération entre Etats amis et voisins est réalisable. Elle est plus naturelle et vivement souhaitée par nos populations. L'Unité Africaine que nous poursuivons ne sera réalisée que grâce à la collaboration qui doit s’instaurer en premier lieu entre les Etats les plus proches.

Nous nous réjouissons donc d'assister à une nette prise de conscience par la communauté internationale de ses responsabilités dans ce domaine.

Il est ainsi réconfortant de constater que les pays développés commencent à comprendre les problèmes que les pays en voie de développement ont à résoudre. Il est heureux que des solutions soient actuellement recherchées avec plus de bonne volonté que jadis, parce que chacun a finalement réalisé qu'il ne peut y avoir de paix véritable sans justice socio-économique.

C'est dans ce souci primordial d'œuvrer à l'avènement d'un monde meilleur que vous-même, Monsieur le Président, avez eu l'initiative heureuse et historique de convoquer la conférence Nord-Sud, Symposium international d'une importance hors mesure qui a permis aux pays et peuples différents par leur degré de développement, de se rencontrer autour d'une table de conférence, pour examiner d'une manière rationnelle les grands problèmes posés par la coopération en tenant compte surtout de ceux qui se posent aux moins nantis de la Communauté internationale, particulièrement en prenant conscience des problèmes qui assaillent à tout instant les pays pauvres sans littoral et sans matières premières, comme malheureusement mon pays, la République Rwandaise.

Dans cette conférence nous nous félicitons de ce que les problèmes de l'énergie, des matières premières, du développement et des questions financières ont trouvé des approches de solutions par les mécanismes de délimitation des zones aux accords possibles, la restructuration du marché des matières premières, le transfert des ressources financières surtout vers les domaines d'industrialisation des pays sous-équipés.

Si nous avons tous reconnu l'impérieuse nécessité de complémentarité entre les riches et les pauvres, nous avons également constaté que, quelles que soient les nobles intentions qui animent notre conférence, nous devons néanmoins reconnaître qu'il y a certains aspects du marché international qui n'ont pas encore trouvé des systèmes d'un contrôle valable. Nous devons reconnaître aussi que notre déception ou la déception des 19 à la conférence de Rambouillet découle de ce manque d'engagement des pays européens dans une vraie et franche coopération.

Il importe par ailleurs que nous comprenions l'importance des conférences telles que la conférence Nord-Sud et la CNUCED qui nous invitent au dialogue et à la concertation plutôt qu'à la confrontation des peuples et des nations, qui ouvrent au monde la possibilité de comprendre que tous nos intérêts sont solidaires et que, comme l'a très justement dit notre Doyen d'âge, Son Excellence le Président Félix HOUPHOUET BOIGNY et comme vous venez de le dire vous-même, la seule compétition ouverte est la compétition économique. Car comme l'a encore dit notre Doyen, notre préoccupation primordiale doit être le développement économique, social et culturel de nos pays respectifs.

La solidarité agissante, née d'une conjugaison d'efforts et de la volonté commune d'aboutir à un instrument concret d'une véritable coopération est un motif de grande fierté. Elle se reflète dans le Fonds de solidarité appelé à venir en aide aux pays membres de la conférence et particulièrement à ceux des plus démunis.

Nous nous félicitons enfin de l'orientation donnée à la coopération franco-africaine, basée sur le dialogue et la concertation. Votre Ministre de la Coopération vient de dire, à juste titre qu'en matière de coopération, il ne peut y avoir une seule réponse mais qu'il y a autant de réponses que de pays suivant la personnalité et l'originalité de chacun.

Ce respect des options nationales de chacun de nos Etats est la seule base valable de la solidarité et de la coopération que nous voulons tous développer. Cette conférence franco-africaine de Paris aura donné à l'une et à l'autre un souffle nouveau.

Pour terminer, je voudrais, Monsieur le Président, au nom de mes Collègues et au nom de toutes les délégations à cette conférence, exprimer au Président de la République Française, au Gouvernement et au Peuple français, notre gratitude pour la chaleur de l'accueil et de l'hospitalité dont nous avons été l'objet depuis notre arrivée en France.

Tous ici présents nous souhaitons que vive à jamais la coopération franco-africaine.

Je vous remercie.