Monsieur le Préfet,
Messieurs les Bourgmestres,
Rwandaises, Rwandais,
Au lendemain de l'action historique du 5 Juillet 1973, Nous avons entrepris une tournée générale dans le Pays au cours de laquelle Nous avons fait appel à tout responsable afin qu'il nous aide à ramener le calme et la tranquillité dans les populations et pour que celles-ci, débarrassées du joug des intrigues, se mettent résolument au travail.
Aujourd'hui, nous clôturons les tournées que Nous effectuions depuis le 14 Avril dans les différentes Préfectures du pays. Ces tournées ont été entreprises parce que Nous sommes convaincu que le peuple Rwandais doit participer à nos décisions et être informé sur les grandes orientations de Notre Gouvernement. C'est pourquoi, Nous-même, les Membres du Comité pour la Paix et l'Unité Nationale, les Ministres, les Préfets, les Bourgmestres, les Conseillers Communaux, les Membres des Conseils de développement et des Commissions techniques, les Chefs de service dans les Préfectures et les responsables des établissements scolaires avons ensemble examiné tous les problèmes qui se posent dans chaque Préfecture. Nous avons trouvé des remèdes à certaines questions. Nous avons rassemblé tous les souhaits de la population. Nous allons au cours des prochains jours chercher le possible et trier le réalisable. Les solutions-miracles n'existent pas en matière de développement. La route du progrès est très longue, mais nous devons la faire.
Certaines questions trouveront donc leurs réponses au fil du temps mais cela ne nous empêche pas de déployer toutes nos énergies et de mobiliser toutes les forces vives de la Nation pour réaliser ce dont nous sommes capables. Nous l'avons dit et nous le répétons : « le Rwanda ne sera construit que par la somme des efforts de ses propres filles et fils ». Dès les premières heures de la IIe République, nous avons invité les autorités communales et préfectorales à être en relations constantes avec la population afin de la tenir informée du « programme gouvernemental en matière de développement national, d'entendre et de recueillir ses doléances en vue de l'associer à l'action générale de développement ».
Nous voulons aujourd'hui insister sur les points saillants que Nous avons développés le long de Notre Voyage. Nous le savons, pour diriger une population des éléments géographiquement aussi dispersés que les collines, la question importante est de définir dans chaque région, une localité déterminée pour en faire une unité de direction et la prendre pour point d'appui en vue de canaliser tous les éléments se trouvant dans la région concernée.
Le 1er Août 1973 nous avons demandé au Ministère de l'intérieur de s'attacher par priorité à la restructuration de la Commune, cellule de base du Développement national. Je disais alors que « la commune, étant l'échelon administratif le plus rapproché de la population, elle doit aussi être le mieux adaptée pour aider les masses à se développer ». Nous croyons fermément que la Commune constitue l'unité locale d'une direction synthétique du travail rural et de toutes les affaires locales. Elle se présente comme la cellule de base du progrès économique et social en tant qu'unité terminale de l'administration; elle reste le seul centre de rayonnement de toutes nos décisions politiques et le seul foyer reliant la préfecture et le Gouvernement aux campagnes dans tous les domaines politique, économique, et socio-culturel. Cette restructuration vient d'être terminée. Les objectifs visés dans cette opération étant de doter l'entité communale de structures et de moyens susceptibles d'aider les populations à se développer, et d'élargir, de façon beaucoup plus sensible, l'autonomie de la Commune de telle manière que celle-ci puisse réellement jouer un rôle fondamental dans le développement économique et social de la Nation.
Ainsi la population pourra mieux s'organiser pour la prise en charge du progrès par et pour elle-même et la Commune pourra davantage prendre les initiatives en vue d'orienter les efforts publics et privés consentis dans le cadre du développement.
Par ce fait même la Commune doit devenir un noyau de progrès. Le développement doit se faire de bas en haut car Nous pensons que, et nous l'avons réalisé en dotant la Commune des conseils de développement et des commissions techniques, si toutes les collines sont organisées en cellules de développement, la Commune devient automatiquement un cadre idéal de synthèse du progrès économique et social et un centre de relai obligatoire entre la population et toutes les formes d'institutions où les conseillers communaux, les Bourgmestres et le préfet sont des yeux de la paix, de l'unité et des animateurs du développement, épaulés dans cette tâche par les Membres des conseils de développement, des commissions techniques et du conseil préfectoral de développement.
La Commune doit donc devenir un lieu effectif de décision, un échelon d'organisation le plus rapproché de la population et un centre de création des activités de production.
Ainsi dans le domaine économique, tous nos efforts doivent se porter au milieu rural où vivent la presque totalité des Rwandais. Nous devons nous organiser de manière à résorber le sous-emploi dans les Communes et améliorer les conditions de vie des populations paysannes. Nous savons que chaque Rwandais a les moyens très limités pour promouvoir le bien-être de toute sa famille. Nous pensons donc qu'il faut adopter une stratégie du développement mettant l'accent sur le Mouvement Coopératif et Nous prions les responsables de lui donner une impulsion nouvelle, car le secteur coopératif a été longtemps négligé. Nous encourageons et soutiendrons les promoteurs de ces organisations coopératives. Nous demandons aussi au Ministère de l'Education Nationale de repenser le programme des CERAR et de lui donner comme base le développement des coopératives de production car, souvent, la jeunesse qui termine ces écoles, se trouve sans emploi alors que le but même de ces institutions doit être celui de trouver sur place des occupations pour ces jeunes gens.
Nous voulons également que les coopératives d'épargne et de crédit, connaissent un développement rapide. Nous demandons à Notre Ministère de l'Intérieur et de la Fonction Publique et à celui de la Santé Publique et des Affaires sociales de mettre au point un modèle de [illisible] rapidement sur le chemin du progrès et de les mobiliser dans ce sens. De même l'entité administrative « Préfecture » a été redéfinie dans les mêmes objectifs. Ainsi donc tout comme le Bourgmestre dans sa Commune, le Préfet est, dans sa Préfecture, le premier responsable de la bonne marche de toutes les actions, de toutes les entreprises créées ou à créer, du développement de l'ensemble de la Préfecture.
Nous constatons également que la structure agraire et le système de l'habitat entravent le développement économique et social de nos campagnes.
Mon Gouvernement cherche actuellement les voies et moyens de restructurer le milieu rural. Nous devons d'ores et déjà essayer de trouver des méthodes modernes d'exploitation de l'agriculture et de l'élevage. Il faut notamment protéger notre sol par l'intensification de la campagne anti-érosive, utiliser les semences sélectionnées et améliorer la qualité de notre bétail par la création des centres de saillie et des fermettes modèles.
Dans les zones surpeuplées, il faut réduire le cheptel et cultiver des plantes fourragères.
Que le Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage respecte donc davantage la consigne donnée le 1er août 1973, celle de s'approcher, plus que par le passé, de la population rurale. Que ce département exécute et fasse exécuter l'ordre donné au début de cette année : celui d'augmenter la production.
Les experts de ce Ministère devraient être convaincus plus que quiconque d'entre nous, que pour nous, rwandais, l'objet de produire plus est moins une option politique qu'un problème de survie pour nos populations.
Convaincu que l'homme constitue le principal acteur et bénéficiaire du développement, Nous croyons que la condition essentielle, pour que le Rwanda se développe, est que le peuple prenne en mains ses destinées. C'est dans ce but que Nous avons décidé d'accorder la priorité à la mobilisation des masses populaires. Une des premières actions que Nous avons entreprises dans ce sens est la revalorisation du travail et plus particulièrement du travail manuel sans lequel, tout progrès est difficilement réalisable. Nous avons redonné au travail manuel sa place le jour où le Comité pour la Paix et l'Unité Nationale a institutionalisé les travaux communautaires de développement (Umuganda). Nous savons bien que Notre Pays se situe parmi les moins nantis du globe, mais nous savons aussi que l'argent n'est pas le seul facteur décisif du développement. Nous croyons que, par l'investissement - travail, nous pouvons contribuer à la constitution du capital national et à la transformation progressive de notre société. Les Rwandais doivent se construire des écoles, des dispensaires, des hôpitaux, entreprendre des travaux d'infrastructure routière, drainer les marais. Le Gouvernement interviendra en supportant certains équipements pour appuyer les efforts de la population. Nous devons tous rechercher tout ce qui peut soulever l'enthousiasme des masses populaires et les encourager à désirer un développement économique plus poussé.
Il importe, bien sûr, que ces travaux communautaires de développement soient planifiés. Cela est le rôle du Bourgmestre épaulé par les deux institutions, la commission technique et le conseil de développement, chargées de l'aider dans sa mission. Ces commissions communales tout comme celles préfectorales doivent être dynamisées. Elles doivent absolument éviter de tomber dans une léthargie d'assemblées législatives propres seulement à émettre une série de résolutions idéales sur le développement. Elles doivent plutôt faire preuve d'esprit d'initiative en élaborant des programmes réalistes, basés sur les problèmes réels du développement régional, compte dûment tenu de la politique nationale.
Conçu sur de telles bases, notre plan national de développement cessera d'être un cumul un entassement, de projets et de dossiers et répondra mieux à nos réalités et à nos possibilités.
Nous voulons donc que la construction de Notre Pays soit une oeuvre de nous tous, Président de la République, Ministre, Soldats, Fonctionnaires, Etudiants, Commerçants, Religieux, Dirigeants et dirigés. Chacun doit se sentir mobilisé pour le progrès national. Nous devons rappeler que sous l'ère de la IIème République, il n'y a point de lieu au verbiage et aux intrigues. La place est à l'action. L'engagement dans le désengagement ou l'engagement timide doivent être bannis.
Nous voulons que chacun en rentrant des travaux communautaires de développement fasse son bilan et puisse se réjouir en disant : « J'ai fait ceci pour mon pays ». Comment voulez-vous en effet mobiliser tout le monde à l'action si quelques uns d'entre nous se sentent encore immobilisés dans l'inaction ? Nous voulons que chacun de nous devienne animateur du progrès en contact permanent avec les populations.
Certains se demandent encore où nous allons et ce que nous voulons. Nous croyons avoir clairement bien défini le cadre de notre idéologie quand Nous avons dit : « le capitalisme ou le socialisme sont pour nous, au même titre, des idéologies importées qui ont profité aux systèmes qui les ont imaginées dans le cadre de leurs réalités, des mentalités de leurs populations et tenant compte d'autres divers facteurs correspondant à leurs temps et à leurs régions. Nous avons déjà dit qu'aucune idéologie ou doctrine économique ne contient en elle-même le mystère du développement. Ce qui nous intéresse, nous Rwandais, c'est le développement de notre Pays, c'est de voir le Rwandais sortir de la pauvreté. Il y parviendra par la somme de notre travail individuel et collectif. Nous estimons par ailleurs qu'aucune voie de développement n'est condamnable à priori comme il serait tout aussi néfaste de s'aligner aveuglément sur tel bloc idéologique. Le monde ne peut être divisé si catégoriquement, et, il existe dans chaque système des éléments d'enrichissement pour n'importe quel pays. Nous devons plutôt serrer les coudes, transcender les passions et particularités régionales pour mieux marquer l'Unité, le courage, le Labeur qui doivent, désormais, caractériser la mentalité rwandaise.
Si, justement, le 5 Juillet 1973, le Haut Commandement de l'Armée Rwandaise a imposé une nouvelle orientation au Pays pour redresser les incorrections de la première République, son but ultime était de rechercher le mieux être de tous les Rwandais dans la Paix et l'Unité Nationale. Ces principes avaient été bafoués par l'ancien parti. Nous l'avons supprimé et mis fin à ses excès de haine régionaliste, de zizanie, d'intrigues et d'égoïsme. Nous avons voulu en prenant nos responsabilités que les énergies anciennement consumées dans d'inutiles tiraillements de conflits ethniques et de haines régionales soient dorénavant mobilisées pour le développement National. Nous avons voulu désinstitutionaliser l'immobilisme consacré alors dans tous les secteurs. Nous avons voulu que chaque rwandais travaille selon ses capacités, se sente chez soi et détienne ses responsabilités suivant ses possibilités et son rendement.
C'est dans cette optique que nous nous proposons de créer un MOUVEMENT REVOLUTIONNAIRE, rassemblant tous les Rwandais, Hutu, Tutsi, Twa, et fondé sur le développement. Nous voulons que ce Mouvement soit celui de tout Rwandais, travailleurs, ouvriers, paysans et fonctionnaires. Ce Mouvement est destiné à être un foyer de coopération de toutes les forces vives de la nation, une courroie de transmission du développement économique et social, un cercle de concorde et d'unité nationale. Nous voulons créer un rassemblement où chaque Rwandais se sentira chez soi et pleinement responsable. Nous voulons créer un rassemblement sans zizanie ni intrigues et qui soit un catalyseur de toutes les idées et de toutes les aspirations du peuple Rwandais, Notre Mouvement révolutionnaire sera une source d'espérance fondée sur l'effort d'un chacun de nous, une force dynamisatrice du développement, un flambeau de la Paix nationale et un foyer de conscientisation des masses laborieuses actuellement dépourvues d'éducation. Ainsi, dans la Paix et l'Unité Nationale, le Peuple rwandais, mobilisé au sein de notre mouvement révolutionnaire de rassemblement sera-t-il plus conscient de son devoir de sortir le Rwanda de son état de sous-développement.
Cette mobilisation nécessite le rassemblement de tous les fils et de toutes les filles de la Nation Rwandaise, sans discrimination de sexe, de religion, d'ethnie, d'origine de profession ou de condition sociale.
Notre mouvement révolutionnaire, notre rassemblement du peuple rwandais pour le développement dotera le RWANDA des institutions conformes aux options fondamentales du peuple rwandais, lui, qui a rejeté définitivement toute politique d'exploitation de l'homme par l'homme, lui qui a rejeté sans retour toute structure féodale et tout pouvoir qui ne tient qu'à l'origine. Ces institutions doivent en outre être fondées sur les principes d'une Démocratie responsable. Dans cette optique, les Bourgmestres et les Préfets doivent être des coordinateurs et des coopérateurs pour faire régner l'ordre et la tranquillité publique, des rayons du développement dans tous les secteurs. Leurs pouvoirs seront d'ailleurs renforcés car nous ne voulons plus ressusciter les saboteurs sur les collines, les quémandeurs de voix de députation. Nous voulons que les responsables travaillent tranquillement et sans tiraillement. Nous ne voulons plus instaurer ce genre de députés, qui étaient payés à la fin du mois sans avoir travaillé et qui passaient leur temps à faire fructifier leurs affaires.
C'est dans ce sens que Nous remplacerons le Parlement de type classique par le Conseil National de Développement. Nous supposons que vous avez pénétré notre pensée et Nous vous demandons de soutenir et de diffuser cette idée au fond des cœurs de toute la population Rwandaise. Main dans la main, nous construirons notre Pays sur des bases solides, éclairées par les rayons de la paix et de l'Unité Nationale. Dans tout cela, Rwandaises, Rwandais, Nous vous demandons d'incarner l'esprit de justice, d'honnêteté et d'action. Si la paix est le pilier de notre développement, la discipline doit être la devise de chacun de nous.
Pour permettre au peuple de concentrer toutes ses énergies au développement, Nous sommes déterminé à réagir énergiquement contre toute action qui tendra à troubler l'ordre intérieur et à empoisonner le climat de Paix que Nous avons instauré. Ainsi donc, il convient de le souligner, une fois de plus, certains individus s'adonnent à cœur joie à brailler au sujet du principe de « la paix et l'unité nationale ». Nous n'avons jamais cessé de préciser notre point de vue et la finalité de l'intervention du Haut Commandement de l'Armée Rwandaise : nous ne sommes pas engagés sur la voie d'un certain retour au passé féodal. Ceux qui interprètent mal notre geste, inspiré de la sagesse et de la modération, connaissent très mal la magnanimité de l'élément le plus dynamique du peuple rwandais. La reconnaissance de la composition socio-ethnique rwandaise par la IIe République est une réalité dont nous ne pouvons guère nous offusquer sous quelque angle que ce soit de la pyramide des âges. Le temps de privilèges et de vaines mesquineries du principe de « supériorité des races » est révolu dans notre pays. Il faut que tout le monde se mette au travail sans chercher aux côtés de qui il travaille.
Nous avons également demandé au Ministère de l'Education Nationale d'imposer une discipline saine dans les établissements scolaires parallèlement à la réforme de l'enseignement entamée dans ce département. Ainsi ceux qui s'ingénient à provoquer du désordre dans les établissements scolaires en inculquant aux élèves et aux étudiants des idées erronées doivent être considérés comme des ennemis de notre jeunesse.
Quant à ces élèves et à ces étudiants, Nous leur rappelons ce que Nous avons dit dans d'autres occasions : « La discipline doit être la règle générale dans tous les établissements. Les étudiants ou les élèves indisciplinés occupent par erreur la place de ceux qui, pourtant doués et avides de s'instruire davantage, n'ont pas eu la chance de poursuivre leurs études.
En même temps qu'ils gaspillent les deniers publics, ces éléments consument en vain la précieuse énergie de leur jeunesse et compromettent dangereusement leur avenir ». Nous voulons leur dire que le progrès technique de notre Pays exige que Nous investissions des capitaux dans les êtres humains pour leur enseigner théoriquement et pratiquement les techniques nouvelles mais qu'à leur tour, ils ont un devoir moral d'aider le Pays à avancer sur les rails du développement.
C’est pourquoi, Nous avons décidé de mettre tous les étudiants et élèves qui se rendront indisciplinés dans les centres de rééducation, organisés sous forme de coopératives. Le but est d'aider cette jeunesse à mieux comprendre la valeur du travail et l'importance de son avenir.
Nous voulons également protéger le Pays contre le banditisme et la dépravation des moeurs. Il est temps que tous les hommes et toutes les femmes qui, jusqu'ici, ont fait de l'oisiveté et du crime leur profession, reviennent dans le droit chemin et se mettent au travail pour participer aux côtés de leur frères et soeurs à l'édification de leur Patrie. Il convient également de rappeler à ceux qui sont chargés des services pénitentiaires l'ordre donné de rentabiliser la main d'œuvre pénitentiaire.
En ce qui concerne la polygamie, Notre Constitution l'interdit et notre nouveau Code pénal prévoit les peines contre ceux qui ne respectent pas cette interdiction. Nous avons appris qu'il existe des enfants sans identité dans les Communes. Nous pensons que la faute n'est pas imputable à ces enfants et nous demandons à leurs pères de les reconnaître sans tarder.
La dot est devenue également l'un des problèmes les plus épineux dans certaines Préfectures. Nous avons ordonné à Nos Ministres de la Santé Publique et des Affaires Sociales et de la Justice de puiser, dans le Code de la famille actuellement en élaboration, des éléments d'une solution équitable avant la fin de cette année consacrée dans le monde entier à la promotion de la femme.
Une autre question qui se pose à notre pays sur le plan économique cette fois, c'est le problème de la hausse des prix. Elle est particulièrement sensible pour les biens importés dont les éléments du prix de revient échappent à notre contrôle. Le seul moyen efficace de se prémunir contre la hausse de ces articles est de créer des industries de substitution aussi indépendantes que possible de l'extérieur.
En ce qui concerne les produits locaux, l'augmentation de la production, une bonne gestion budgétaire et une politique financière avisée peuvent contenir leur hausse. L'expérience que nous vivons nous apprend que les autres moyens souvent suggérés, tels que le réajustement du pouvoir d'achat, le blocage et le contrôle des prix sont inefficaces lorsque des facteurs externes entrent en jeu pour accentuer la hausse ou lorsqu'il y a insuffisance de la production. Ces difficultés indéniables de juguler la hausse des prix sont malheureusement amplifiées par des spéculateurs éhontés, soucieux uniquement de gonfler leurs profits au détriment de l'intérêt général.
Nous demandons aux commerçants tant nationaux qu'étrangers d'avoir de la discipline, de ne plus gonfler leurs profits au détriment du consommateur, de diversifier leurs sources d'approvisionnement et de détenir un stock régulateur. Nous insistons pour que la Rwandisation du commerce s'accélère et que la distribution du crédit bancaire se fasse suivant l'équilibre économique régional et les besoins réels de la population. Nous voulons également que le commerçant contribue au progrès de sa Préfecture et qu'il comprenne que Kigali ne doit plus être le seul pôle de développement du pays. Le commerce de gros et de demi-gros doit également s'implanter dans les autres Préfectures. Nous demandons à la chambre de commerce et de l'Industrie de contribuer plus activement à la dynamisation du commerce, à l'information et à la formation des commerçants. Nous voulons que ces commerçants acquièrent plus de discipline, qu'ils se refusent à la fraude et respectent la loi. Nous avons interdit le commerce ambulant et Nous demandons aux Préfets, aux Bourgmestres d'appliquer avec rigueur toutes ces instructions. Nous rappelons aux institutions de crédit de répartir les fonds disponibles suivant les critères d'équilibre régional. Nous leur demandons également d'épauler les Nationaux dans leur effort d'accéder au commerce de gros et d'importation.
Nous nous devons de rappeler à ces commerçants les efforts que déploie Notre Gouvernement pour les aider à mieux résoudre leurs problèmes. Nous avons mis sur pied le Conseil National pour la Politique Economique dont le rôle est de définir les grandes orientations en matière économique, de suivre l'évolution de la conjoncture et de définir la politique monétaire, financière et commerciale. La commission des prix les aidera à stabiliser les prix des produits locaux et des produits importés, La société de transports internationaux au Rwanda contribue à mieux assurer leur approvisionnement sur les marchés extérieurs. Nous projetons de créer une Société Nationale de Transport Intérieur qui permettra à toutes les régions du Pays de s'approvisionner sans difficultés. Nous voulons également régulariser des circuits d'échanges des produits locaux en mettant sur pied un Office National de Valorisation des produits vivriers et d'Elevage pour accroître la disponibilité des denrées alimentaires et pour mieux contrôler la fluctuation des prix grâce à l'existence de stocks régulateurs du marché.
Rwandaises, Rwandais. Nous Nous devons également aujourd'hui de vous donner le portrait actuel de notre Diplomatie. La politique extérieure rwandaise a été, sous la Première République, une politique d'isolement. Le Rwanda n'avait plus sa place dans le concert des Nations. Nos diplomates s'enlisaient dans des négociations sans aucune directive ni idéologie. Notre Pays était donc mort politiquement tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. C'est pourquoi le 5 Juillet 1973, le Haut Commandement de l'Armée Rwandaise a pris en mains ses responsabilités et a fait un Coup d'Etat Moral non seulement pour restaurer l'ordre intérieur, la Paix et l'Unité Nationale mais également pour redonner un souffle nouveau à notre diplomatie et pour redresser nos relations avec les Pays voisins. A ce sujet, dans Notre Message à la Nation du 6 Juillet 1973, Nous avons clairement défini les grandes lignes sur lesquelles doit se fonder notre diplomatie. Nous avons voulu donc dès les premiers jours de la IIe République instaurer une diplomatie dynamique et agissante. Nous voulions une politique extérieure fondée sur l'action, la Paix, et la Coopération internationale. C'est pourquoi, nous avons dépêché diverses délégations dans les Pays voisins pour leur expliquer le sens de Notre action et pour leur renouveler nos sentiments d'amitié, de dialogue et de coopération, et pour leur adresser nos salutations fraternelles. Nous étions donc déterminé à revivifier nos relations extérieures et Nous avons gagné ce pari. Vous le savez, nos relations avec la République Soeur du Burundi ont passé du point mort à une haute température d'amitié, et de fraternité. La coopération bilatérale entre les deux Pays va grandissante. Une commission Technique de Coopération bilatérale entre le Rwanda et le Burundi a été créée. Elle a déjà tenu ses assises à Kigali, les résultats auxquels, elle a abouti sont encourageants et fort utiles pour nos deux pays. L'amitié ainsi retrouvée doit être la pierre angulaire de notre coopération, le pont de transit et le canal de dialogue et de fraternité entre Nos deux peuples frères, unis par le sang, l'histoire et la culture.
Avec la République du Zaïre, Nous avons revivifié notre amitié et renoué nos relations sur des bases plus solides et plus durables. Nous avons relancé la Tripartite à Notre sommet de Goma car Nous étions convaincu que la République Rwandaise, la République du Burundi, la République du Zaïre sont condamnées, par leur histoire commune, leur rayonnement culturel identique, leur économie complémentaire à des relations privilégiées dans tous les domaines. Nous sommes déterminés à construire notre histoire sur ce chemin d'amitié, de dialogue et de coopération. C'est dans ce cadre que Nous saluons la naissance du Comité permanent de Coopération entre le Rwanda, le Burundi et le Zaïre, chargé de coordonner et mettre en exécution toutes les décisions de la Tripartite et dont Notre Pays a l'insigne honneur d'assumer la Présidence. Nous soutiendrons par ailleurs l'idée de la création de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs. Cette idée de coopération économique Nous tient fort à coeur parce que Nous sommes convaincu que la création des grands ensembles économiques est le seul remède pour combattre le sous-développement et que le Rwanda reste un pays enclavé dont l'approvisionnement extérieur transite sur plusieurs territoires étrangers. Dans cette optique, nos relations avec l'Uganda, dont le Président a visité notre Pays il y a quelques jours, le Kenya et la Tanzanie sont très bonnes mais elles doivent encore se renforcer par cette coopération économique. Avec les Pays de l'OUA, Nous avons tissé de solides Amitiés. La Vice-Présidence de cette Organisation, qui Nous a été confiée à MOGADISCIO est la preuve la plus éclatante de la confiance que témoignent à Notre Pays tous les États Africains. Cette amitié et cette confiance Nous ont été confirmées lorsqu'à Bangui les Pays de l'OCAM ont accepté de soutenir Notre candidature à la Présidence de cette Institution et de tenir l'an prochain la Conférence de l'OCAM dans Notre Pays. Nous Nous réjouissons de toutes ces victoires diplomatiques et Nous restons convaincu que Nos relations avec les Pays du Tiers-Monde doivent devenir encore plus dynamiques. C'est dans ce sens que Nous avons tenu personnellement à assister à la Conférence des Non-Alignés, à Alger. Et c'est pourquoi Nous soutenons tous les Mouvements de Libération Nationale. Nous pensons que chaque personne humaine a besoin de la Paix, de la liberté, de la dignité et du mieux-être. Vous comprenez donc mieux pourquoi Nous combattons l'apartheid et Nous condamnons tout dialogue avec l'Afrique du Sud tant que son idéologie sera fondée sur le racisme et l'exploitation de l'homme Noir. Nous ne croyons pas aux manoeuvres de Prétoria d'amorcer un dialogue avec certains Pays africains alors que nos frères de l'Afrique du Sud croupissent encore dans l'injustice, la misère et l'ignorance. Si le dialogue devait s'instaurer, Nous pensons qu'il ne pourra être entrepris qu'entre les représentants authentiques de ce pays. Le dialogue doit d'abord être intérieur avant de s'ouvrir à l'extérieur.
Nous voyons également de bon oeil l'évolution favorable vers la libération totale des colonies portugaises : Nous souhaitons qu'en Angola, Nos frères Africains marchent main dans la main vers cette indépendance acquise après tant de souffrance et qu'ils évitent l'effusion du sang qu'ils comprennent que la Paix et l'Unité Nationale sont les seules garanties d'une pleine liberté.
Nous voulons également remercier tous les Gouvernements amis qui ont aidé la IIe République dans ses efforts de faire sortir Notre Pays du sous-développement. Dans ce domaine, Nous Nous permettrons de citer quelques exemples qu'il faut mettre à l'actif de Mon Gouvernement. Le Canada Nous a promis de mettre en valeur le marais de la Muvumba et de la Kagitumba pour une somme de un milliard quatre cent millions ; ce Pays ami n'a cessé d'aider Notre Université Nationale, et compte encore investir un milliard six cent vingt six millions dans cette pépinière du savoir pour Nos Cadres. Les Etats-Unis d'Amérique ont entamé leur coopération dynamique avec notre Pays en construisant des Magasins de stockage des produits vivriers pour un montant de soixante cinq millions. Nous attachons une très grande importance à ce projet qui, à son stade final, permettra de rayer les fluctuations des prix sur le marché. La Belgique Nous a toujours aidé et elle a inscrit dans son programme deux milliards cinq cent soixante six millions pour le développement de Notre Pays. Nous lui demandons de continuer à soutenir notre effort de développement en raison de son rôle dans notre passé. L'Allemagne Fédérale a promis à notre Pays une aide d'un milliard trente huit millions depuis 1969 jusqu'à la fin 1975 ; cette aide est remboursable en cinquante ans aux taux d'intérêts très faible. Nous pensons que ce geste va encore se renouveler. La Suisse prévoit fin 1974 une aide de sept cent quatre-vingt dix-sept millions et sept cent vingt mille à investir dans Notre Pays. Nous Nous réjouissons de cette louable initiative. La République Populaire de Chine poursuit la construction de la route Kigali-Rusumo et Nous a promis de monter une cimenterie au Bugarama dans la préfecture de Cyangugu. Ces deux projets sont évalués à deux milliards six cent trente six millions cinq cent mille francs et seront remboursés sans intérêts. La Chine aide encore Notre Pays dans la culture du riz et au renforcement de notre usine de sucrerie. Nous remercions le Gouvernement de ce Pays ami car les projets lui confiés sont exécutés dans les délais convenus et c'est là Notre souhait. La France a programmé son aide pour une valeur de un milliard de francs rwandais. Le Luxembourg a concentré ses efforts sur le développement de l'école des infirmières de Rwamagana et ce Pays compte construire au Rwanda un hôpital pour quatre vingt millions. La Corée du Nord érigera le Palais de la Jeunesse à Kigali, irriguera 200 ha au Bugarama et enseigne à notre jeunesse ce qu'on appelle le Mouvement d'ensemble. La Lybie, le Koweit, la Ligue Arabe ont donné ensemble un milliard cinq cent dix millions de FRW. Le Japon versera trois cent cinquante millions pour achat des autobus et des bateaux pour assurer le transport. L'Union Soviétique fournira une aide de cinquante quatre millions à mettre à la disposition des hôpitaux. Vous savez aussi que ce pays nous aide grandement dans la formation des cadres supérieurs. Le PNUD compte mettre à la disposition de Notre Pays de 1977-1981 une enveloppe financière d'un milliard sept cent soixante sept millions. La Banque Mondiale se concentre surtout sur les projets d'infrastructure routière et de promotion agricole auxquels elle a consacré deux milliards quatre-vingt trois millions. Elle Nous a également promis une aide de neuf cent trente millions à mettre au service de l'Education Nationale. La Banque Africaine de Développement a mis à la disposition de notre pays une somme de quatre cent soixante-dix huit millions neuf cent cinquante mille, destinée à développer la culture du thé, à construire une usine de thé et à faire des études de factibilité de la route KIBUYE-CYANGUGU. Le Fond Européen de Développement a versé depuis 1975 une somme de trois milliards cinq cent millions pour promouvoir l'agriculture et l'électrification de Notre Pays.
Cet inventaire n'est qu'indicatif et ne saurait embrasser tous les projets financés par les Pays amis et organismes internationaux ni tous leurs engagements à l'égard de notre pays. Nous avons voulu par là, Rwandaises, Rwandais, démontrer par ces chiffres la dynamique de notre diplomatie et son apport réel au bien-être de nos populations. Nous saisissons cette occasion pour remercier à nouveau ces pays et organismes de leurs engagements et de leur compréhension pour soutenir nos efforts de développement. Nous sommes convaincu que la conjugaison de leurs apports et de nos propres efforts contribuera à l'avancement de notre Pays sur la voie du progrès.
Camarades Membres du Comité pour la Paix et l'Unité Nationale,
Messieurs les Ministres, Monsieur le Préfet,
Rwandaises, Rwandais,
Voilà en grandes lignes, les enseignements que nous pouvons tirer des contacts que nous venons de réaliser avec les administrations de nos Communes et de nos préfectures. Mais la leçon essentielle est peut-être le dialogue que nous voulons, désormais permanent entre les dirigeants et dirigés. Il s'indique que le Président de la République, et tous ses collaborateurs renouent le contact périodiquement avec les populations Rwandaises pour les éclairer, acter ou résoudre les différents problèmes de développement qu'elles rencontrent. Nous souhaitons que ce dialogue s'instaure et se renforce du plus bas au plus haut échelon. C'est le seul moyen de maintenir intact le flambeau de la Paix et de l'Unité Nationale dans la recherche du progrès national.
VIVE LA REPUBLIQUE RWANDAISE.
VIVE LE PEUPLE RWANDAIS.