Comparer deux périodes n'a de sens que si l'on compare la même chose. Cette page met côte à côte le Rwanda de la présidence de Juvénal Habyarimana et le Rwanda d'aujourd'hui, indicateur par indicateur, avec les définitions et les sources de la Banque mondiale. Les tableaux complets et les années de chaque valeur figurent sous chaque graphique.
Comment financer le développement ?
En 1990, la dette extérieure du Rwanda représente 28,0 % de son revenu national : la plus faible de la région, contre 61,6 % en Ouganda, 81,2 % au Burundi, 86,0 % au Kenya et 107,3 % en Tanzanie. Le pays a construit ses routes, ses écoles et ses centres de santé surtout grâce à l'aide et à des prêts à conditions très favorables.
En 2024, la situation s'est inversée. La dette extérieure du Rwanda atteint 93,9 % de son revenu national, la plus élevée de la région : 47,3 % en Tanzanie, 47,1 % au Burundi, 39,2 % en Ouganda et 35,0 % au Kenya.
Sur la longue durée, la courbe raconte trois époques : une dette contenue jusqu'en 1990 (15,1 % en 1980, 21,4 % en 1985, 28,0 % en 1990) ; une dette qui gonfle avec la guerre puis après 1994 (46,5 % en 1993, 62,8 % en 2000 ; le pic de 1994 reflète surtout l'effondrement du revenu national cette année-là) ; puis, après l'annulation d'une grande partie de cette dette au milieu des années 2000 (20,3 % en 2010), un nouvel endettement rapide, jusqu'à 93,9 % en 2024.
Le stock de dette ne dit pas tout : ce qui pèse chaque année, c'est son remboursement. Le service de la dette extérieure (intérêts et capital) représentait 0,8 % du revenu national en 1990 ; il atteint 2,9 % en 2024, soit plus de trois fois plus.
Un développement partagé ?
Au milieu des années 1980, le Rwanda présente la répartition des revenus la plus égalitaire d'Afrique subsaharienne, avec un coefficient de Gini de 28,9 (Deininger et Squire, 1996). Après 1994, l'écart se creuse brutalement : 48,5 en 2000, 52,0 en 2005. Il se réduit ensuite, à 43,7 en 2016 puis 39,4 en 2023, sans retrouver le niveau des années 1980.
La comparaison a ses limites, que nous indiquons : la valeur des années 1980 provient d'une enquête sur la consommation des ménages publiée dans la littérature scientifique, celles d'aujourd'hui des enquêtes de la Banque mondiale. Les deux mesurent la consommation des ménages, ce qui les rend comparables dans leurs grandes lignes.
Apprendre à lire et à écrire
L'alphabétisation des adultes passe de 38,2 % en 1978 à 57,8 % en 1991 : près de vingt points en treize ans, à partir d'un niveau très bas. Elle continue de progresser ensuite, jusqu'à 78,8 % en 2022.
Ce que montre la comparaison
Les progrès de la santé et de l'école se sont poursuivis après 1994 : en 2024, 98 % des enfants reçoivent le vaccin DTC3 et la mortalité infantile est tombée à 29,4 pour mille. Ces avancées prolongent une trajectoire amorcée dans les années 1970 et 1980.
Deux différences, en revanche, sont nettes et mesurables : le Rwanda d'aujourd'hui est beaucoup plus endetté que celui de 1990, et ses revenus restent plus inégalement répartis qu'au milieu des années 1980. Ce sont les deux piliers de ce que le Président Habyarimana appelait le développement par tous partagé : construire sans hypothéquer l'avenir, et faire en sorte que chacun en ait sa part.