Entre 1973 et la fin des années 1980, le Rwanda a fait des progrès que les séries internationales permettent de mesurer : une mortalité infantile en baisse, une école qui s'ouvre, une dette contenue et une coopération régionale institutionnalisée. Cette page les présente avec leurs sources, et avec leurs limites.
Santé : moins d'enfants perdus
La mortalité infantile passe de 121,7 pour mille naissances en 1973 à 86,9 pour mille en 1990, selon la Banque mondiale. La couverture vaccinale DTC3 progresse de 17 % en 1981 à 91 % en 1991, et celle contre la rougeole de 42 % à 89 %.
En 1986, la délégation rwandaise à l'Assemblée mondiale de la Santé décrit un réseau fondé sur une norme d'un centre de santé pour 30 000 habitants au plus, et un parc d'hôpitaux publics passé de 24 à 32. Avec la guerre, à partir de 1991, la mortalité infantile repart à la hausse.
École : une génération scolarisée
Le taux brut de scolarisation primaire passe de 54,4 % en 1973 à 71,9 % en 1982. Dans le secondaire, il est multiplié par sept, de 2,3 % en 1971 à 16,1 % en 1990, à partir d'un niveau très bas. L'éducation représente environ 20 % des dépenses publiques dans les années 1980 (UNICEF, cité par Uvin).
Finances : une dette contenue
La dette extérieure du Rwanda reste parmi les plus légères de la région : 28 % du revenu national en 1990, quand elle atteint 62 % en Ouganda, 81 % au Burundi, 86 % au Kenya et 107 % en Tanzanie.
La croissance du produit intérieur brut atteint en moyenne 6,8 % par an de 1973 à 1980. Au milieu des années 1980, le Rwanda présente la répartition des revenus la plus égalitaire d'Afrique subsaharienne, avec un coefficient de Gini de 28,9 (Deininger et Squire, 1996).
Coopération et institutions
- 20 septembre 1976 : convention de Gisenyi créant la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) avec le Zaïre et le Burundi, enregistrée aux Nations Unies (Recueil des Traités, vol. 1092, n° I-16748). Siège à Gisenyi ; institutions communes : Banque de développement des États des Grands Lacs, Institut de recherche agronomique et zootechnique, Société internationale d'énergie des Grands Lacs.
- 4 août 1975 : ouverture à Nkamba de la première Banque populaire, sur le modèle coopératif suisse Raiffeisen ; plus de 100 agences en 1989.
- 1977 : achèvement de la route bitumée Kigali-Gatuna. Sous la IIe République sont aussi bitumés les axes Kigali-Butare-Akanyaru, Kigali-Ruhengeri-Gisenyi, Kigali-Kibungo-Rusumo et Butare-Gikongoro-Cyangugu.
- 1984-1989 : construction du stade Amahoro (« paix ») à Kigali, avec l'aide de la Chine.
- 31 décembre 1992 : première émission de la Télévision rwandaise.
Les limites
Ces acquis doivent être lus avec leurs limites. La croissance ralentit à 2,1 % par an en moyenne de 1981 à 1990, sous le rythme de la population ; l'effondrement des cours du café, l'ajustement structurel et la famine de 1989 dans le sud du pays fragilisent les campagnes. Une partie des investissements publics est allée aux villes plutôt qu'à l'agriculture (Uvin, 1996).
Les mêmes dispositifs sont aussi jugés de façon contradictoire. L'umuganda et l'encadrement communal sont décrits comme des outils de développement par l'OMS et l'UNICEF, et comme des instruments de contrôle de la population par la Commission nationale pour l'unité et la réconciliation et par l'économiste Philip Verwimp. Les deux lectures coexistent ; l'histoire n'a pas fini d'en débattre.
À partir d'octobre 1990, la guerre interrompt cette trajectoire ; en 1994, le génocide contre les Tutsi et l'effondrement du pays en effacent l'essentiel.