Un pays pauvre qui veut s'équiper doit emprunter. Toute la question est de savoir combien, à quel rythme et pour quoi faire. Sur ce terrain, les séries de la Banque mondiale sont sans ambiguïté : de 1973 à 1990, le Rwanda a construit routes, écoles et centres de santé tout en conservant l'endettement extérieur le plus léger de sa région.
Le pays le moins endetté de la région
En 1990, le stock de dette extérieure du Rwanda représente 28,0 % de son revenu national brut. La même année, ce ratio atteint 61,6 % en Ouganda, 81,2 % au Burundi, 86,0 % au Kenya, 107,3 % en Tanzanie et 119,5 % au Zaïre.
L'écart n'est pas accidentel ; il est constant. Dès 1980, le ratio rwandais s'établit à 15,1 %, quand il atteint 46,0 % en Tanzanie, 48,1 % au Kenya et 55,8 % en Ouganda. En 1985, le Rwanda est à 21,4 %, la Tanzanie à 59,7 %, le Kenya à 70,6 % et le Zaïre à 90,5 %.
Uvin le résume : la dette rwandaise était « faible aux standards africains » jusqu'à la fin des années 1970. Une synthèse universitaire, s'appuyant sur Mamdani et Prunier, va plus loin : en 1987, le Rwanda aurait présenté la dette la plus faible, l'inflation la plus faible et la plus forte croissance du produit national de la région.
Une montée graduelle, adossée à l'investissement
En dollars courants, la dette extérieure passe de 7,9 millions en 1973 à 189,8 millions en 1980, puis à 711,7 millions en 1990. La progression est graduelle, étalée sur dix-sept ans, dans une période où le pays bitume ses grands axes et étend son réseau de santé. Aucun emballement soudain n'apparaît dans la série.
Le stade Amahoro, construit entre 1984 et 1989 avec un financement chinois d'environ 21 millions de dollars, est encore le stade national du pays.
Un développement accompagné par l'aide
Le développement s'appuie sur une aide publique régulière. Rapportée au revenu national brut, l'aide nette reçue s'établit à 13,5 % en 1973, 12,3 % en 1980, 10,4 % en 1985 et 11,3 % en 1990 : elle reste comprise entre 10 et 16 % sur toute la période 1973-1990.
Cette stabilité reflète la confiance des partenaires. La République fédérale d'Allemagne voyait dans le Rwanda l'élève modèle des pays en développement ; la Banque mondiale lui consacrait en 1989 un rapport d'évaluation entier pour renforcer ses institutions urbaines.
La rupture : la guerre, puis l'après-1994
Le tournant est daté. Après le début de la guerre, le 1er octobre 1990, le ratio de dette passe de 28,0 % en 1990 à 42,6 % en 1991, 42,5 % en 1992 et 46,5 % en 1993. En dollars, le stock atteint 909,0 millions en 1993 et 955,2 millions en 1994 : une hausse d'environ un tiers en quatre ans.
Le ratio de 127,4 % affiché pour 1994 ne traduit pas un triplement de la dette, mais l'effondrement de l'économie : cette année-là, le produit intérieur brut réel chute de 50,2 %.
L'endettement le plus lourd vient ensuite. Le stock culmine à 1 311,8 millions de dollars en 1999, et le ratio reste au-dessus de 60 % du revenu national jusqu'en 2000. La spirale de la dette rwandaise se joue après 1994.
Repères et limites
La trajectoire se tend dès la fin des années 1980 : les recettes du café tombent de 144 millions de dollars en 1985 à 30 millions en 1993, et le pays engage un programme d'ajustement structurel, avec des dévaluations de 40 % en 1989 et de 15 % en 1993. Les chiffres présentés ici portent sur le stock de dette ; son remboursement annuel (0,8 % du revenu national en 1990) et la comparaison avec aujourd'hui sont présentés dans le dossier « Hier et aujourd'hui ». La ventilation entre don et prêt du financement chinois du stade Amahoro n'est pas documentée publiquement.