En vingt ans, le Rwanda se dote de grands axes bitumés, d'une électricité d'origine hydraulique, d'un stade national, d'un plan d'urbanisme pour sa capitale et d'une télévision. Ce chapitre rassemble ce qui a été construit, réorganisé ou modernisé pendant cette période.
Les routes : les grands axes nationaux
Le 5 juillet 1973, sur les quatre axes planifiés sous la Ire République, un seul est en chantier : la route Kigali-Gatuna, commencée en 1971. Elle est achevée en 1977.
Selon la liste officielle, cinq axes nationaux sont livrés sous la IIe République :
- Kigali-Gatuna ;
- Kigali-Butare-Akanyaru ;
- Kigali-Ruhengeri-Gisenyi ;
- Kigali-Kibungo-Rusumo ;
- Butare-Gikongoro-Cyangugu.
Au début des années 1990, le réseau bitumé atteint 530 kilomètres en 1993 et 560 kilomètres en 1994, sur environ 12 000 kilomètres de routes.
Ce qu'en dit la Banque mondiale
La reconnaissance est écrite et datée. Le 6 février 1978, le rapport n° 1673b-RW, consacré au quatrième projet routier, constate : « The road network, totaling about 6,300 km, is one of the most dense in Africa, with an average 250 m per km² » — un réseau d'environ 6 300 kilomètres, l'un des plus denses d'Afrique, avec en moyenne 250 mètres de route par kilomètre carré.
Le 11 mai 1982, le rapport n° 3680a-RW, consacré au cinquième projet routier, confirme : « Road density is about 240 m per km², which is one of the highest in Africa » — une densité d'environ 240 mètres par kilomètre carré, l'une des plus élevées d'Afrique. Le réseau classé compte alors environ 2 280 kilomètres, dont 490 kilomètres bitumés et 265 kilomètres en cours de bitumage, auxquels s'ajoutent environ 4 000 kilomètres de routes communales et rurales.
Le cinquième projet routier est clôturé par un rapport d'achèvement daté du 4 février 1992. Rétrospectivement, Linda Melvern, dans A People Betrayed (2009), écrit que le Rwanda disposait de « one of the best road network systems in Africa », l'un des meilleurs réseaux routiers d'Afrique.
Le stade Amahoro et les équipements de la capitale
Le stade Amahoro est construit avec l'aide du gouvernement chinois par la China Civil Engineering Construction Corporation. Les travaux durent de mars 1984 à janvier 1989 ; le stade est mis en service dès 1986. Il compte à l'origine environ 25 000 places, pour un coût d'environ 21 millions de dollars.
Kigali se dote aussi d'un cadre pour grandir. Son plan directeur est dressé en 1977 avec le concours financier du Fonds d'aide et de coopération français : une étape fondatrice de l'urbanisme moderne de la capitale, selon la Banque mondiale. Au milieu des années 1980, le lotissement préalable devient la seule voie légale d'urbanisation. En 1989, la Banque mondiale consacre un rapport d'évaluation entier au renforcement des institutions urbaines du pays.
L'aéroport international Grégoire Kayibanda, à Kanombe, d'origine coloniale, est modernisé et agrandi sous la IIe République. Il dispose d'une piste unique de 3 500 mètres en asphalte, et l'ancien terminal subsiste aujourd'hui comme terminal VIP.
L'eau, l'électricité et l'information
En 1976, l'électricité et l'eau sont réunies au sein d'une société publique unique, ELECTROGAZ. En 1983-1984, la capacité installée atteint 27,4 mégawatts, dont 24,5 mégawatts hydroélectriques : Ntaruka (11,25 MW), Mukungwa (12 MW) et Gisenyi (1,12 MW). Elle est complétée par les importations de la centrale de Ruzizi I (28,2 MW) au Zaïre, tandis que la centrale trinationale de Ruzizi II (26 MW) est prévue pour 1988.
L'information se structure également : l'ORINFOR est créé en 1974. Après des études menées de 1984 à 1991, la Télévision rwandaise émet pour la première fois le 31 décembre 1992. La diffusion s'ouvre sur un discours du président Habyarimana ; la grille initiale compte cinq heures les week-ends, et la station a été construite avec l'assistance française. Selon le témoignage de sa famille, à ceux qui s'étonnaient de ce retard, le Président demandait si la télévision profiterait aux paysans des collines ou seulement aux citadins : mieux valait d'abord investir dans ce qui ferait progresser tout le pays.
Ces équipements s'inscrivent dans un territoire organisé en 10 préfectures et 143 communes, échelons de planification et de suivi des investissements.
Repères et limites
La Banque mondiale qui salue la densité du réseau en relève aussi les faiblesses : « a very dense network of poorly maintained roads » en 1978, et une grande partie du réseau « of low standard » en 1982. En 1990, la densité téléphonique reste parmi les plus faibles du monde, et l'accès à l'électricité ne concernait qu'environ 2 % de la population en 1983-1984. En 1989, la Banque mondiale note que les moyens consacrés à l'entretien de la voirie et au ramassage des ordures ménagères de Kigali sont « loin d'être adéquats ».