
La paix ne s'arrête pas aux frontières. Pour le Rwanda, la stabilité intérieure dépend aussi de la coopération avec les voisins. Entre 1973 et 1990, le Rwanda en fait une politique, et lui donne des institutions.
20 septembre 1976 : la convention de Gisenyi
Le 20 septembre 1976, à Gisenyi, trois chefs d'État signent la convention qui crée la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) :
- Mobutu Sese Seko, pour le Zaïre ;
- Juvénal Habyarimana, pour le Rwanda ;
- Jean-Baptiste Bagaza, pour le Burundi.
La convention est enregistrée auprès des Nations Unies, au Recueil des Traités, volume 1092, sous le numéro I-16748. Le siège de la Communauté est fixé à Gisenyi, au Rwanda ; ses bâtiments sont construits par l'entreprise rwandaise de Charles Shamukiga.
L'objectif est l'intégration économique régionale et la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux entre les trois pays.
Des institutions communes
La CEPGL ne reste pas une déclaration. Elle se dote d'institutions spécialisées :
- la Banque de développement des États des Grands Lacs (BDEGL) ;
- l'Institut de recherche agronomique et zootechnique (IRAZ) ;
- la Société internationale d'énergie des Grands Lacs (SINELAC) ;
- l'organisation Énergie des Grands Lacs (EGL).
La libre circulation prend une forme concrète. Un instrument adopté en 1980 organise la circulation des hommes d'affaires des trois pays, et la carte spéciale de circulation CEPGL figure aujourd'hui encore parmi les documents de voyage officiels sur les portails gouvernementaux du Burundi et du Rwanda.
Le bilan dressé par la recherche est net. Dans l'African Journal of Political Science and International Relations, Manirakiza conclut que, « de 1976 à 1996, la CEPGL a fonctionné largement normalement et a atteint des résultats tangibles ».
Un président reconnu par ses pairs
Dès le 12 août 1974, en marge de la conférence de N'Djamena, Juvénal Habyarimana est élu président de l'Organisation commune africaine et mauricienne (OCAM).
Les distinctions qui lui sont attribuées dans la période sont documentées :
- Grand-croix de la Légion d'honneur, remise lors de sa visite officielle en France, du 13 au 15 avril 1977 ;
- Chef de l'ordre du Cœur d'or (Chief of the Order of the Golden Heart), la plus haute distinction du Kenya, le 20 juillet 1981 ;
- doctorat honoris causa du réseau de l'Université du Québec, en 1990, décerné en hommage au peuple rwandais.

À l'échelle internationale, le Rwanda gagne une réputation de partenaire fiable : la République fédérale d'Allemagne le tient pour l'élève modèle des pays en développement, et la presse, l'Organisation de l'unité africaine ou la mission parlementaire française de 1998 retiennent le surnom de « Suisse de l'Afrique ».
De l'Ouganda à Arusha
Avec l'Ouganda, les sources font état, dans la seconde moitié des années 1980, d'une diplomatie de réassurance, marquée par des visites officielles du président Museveni à Kigali. Selon le témoignage de sa famille, le président Museveni réserve au Rwanda, en 1986, sa première visite officielle à l'étranger, et répète alors que le Rwanda ne pourra jamais être attaqué à partir de l'Ouganda ; une commission rwandaise, puis une commission conjointe des deux pays, sont chargées d'étudier la question des réfugiés rwandais. Cette relation se rompt en octobre 1990 : après l'invasion du FPR du 1er octobre, le président Habyarimana accuse publiquement Kampala de la soutenir, tandis que la presse ougandaise rapporte des soupçons inverses.
Le 4 août 1993, l'accord de paix est signé à Arusha. Le discours d'Arusha, conservé dans les archives de la Fondation, réaffirme ce qui avait guidé les années de paix : la paix, l'unité nationale et « le développement par tous partagé ».
Repères et limites
À partir de 1993-1994, la CEPGL est paralysée par la crise burundaise puis par le génocide, et ses accords sont suspendus en 1996. Les sources consultées ne documentent aucun sommet de médiation régionale présidé par le président Habyarimana, ni aucun prix décerné au Rwanda par une agence des Nations Unies entre 1973 et 1994 : la reconnaissance de l'époque passait par les décorations d'État et la réputation. Le doctorat de l'Université du Québec fut contesté par des étudiants rwandais en exil.