Discours · 26 septembre 1980

Discours à la 35e Assemblée générale des Nations Unies

Monsieur le Président, la trente-cinquième session ordinaire de l'Assemblée générale, aux destinées de laquelle vous avez l'honneur de présider, est pour moi une agréable occasion de joindre la voix de la délégation rwandaise à celles qui l'ont précédée à cette tribune pour vous présenter ses sincères et chaleureuses félicitations à l'occasion de votre élection unanime à la présidence de cette session de l'Assemblée générale.

Votre élection constitue un hommage pour vos brillantes qualités d'homme d'Etat et de diplomate avisé et, à travers vous, un insigne honneur à l'endroit de votre propre pays, la République fédérale d'Allemagne, qui n'a cessé, depuis son admission à l'Organisation des Nations Unies, de faire preuve de sa maturité politique et de sa détermination à contribuer au renforcement de ses relations de coopération, tant politique qu'économique, avec tous les pays épris de paix et de justice.

Je ne peux que me réjouir, donc, de votre appartenance à un pays ami avec lequel le Rwanda entretient des liens privilégiés et historiques de coopération dynamique.

Vous pouvez être assuré, monsieur le Président, que ma délégation ne ménagera aucun effort pour apporter sa modeste contribution à la réussite de votre haute et noble tâche.

Ma reconnaissance s'adresse également à votre prédécesseur, qui a su diriger, avec une compétence remarquable, les travaux de la trente-quatrième session ordinaire, des sixième et septième sessions extraordinaires d'urgence et de la onzième session extraordinaire de l'Assemblée générale de notre organisation. Je veux citer l'ambassadeur Salim Ahmed Salim, digne représentant de la République-Unie de Tanzanie. Qu'il trouve ici les félicitations et l'expression de la haute estime de ma délégation pour avoir, une fois de plus, contribué à rehausser davantage la crédibilité de l'Afrique dans le concert des nations.

Il me plaît aussi de réserver une mention spéciale à l'endroit du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, M. Kurt Waldheim, pour s'être montré à la hauteur de la tâche qui lui a été confiée.

Le Rwanda a toujours apprécié ses multiples initiatives en vue de trouver des solutions appropriées aux diverses situations conflictuelles attisées ici et là, et dont les répercussions ont failli mettre en danger la paix et la sécurité internationales.

La présence parmi nous de la délégation du Zimbabwe indépendant est, pour ma délégation, un réel motif de joie et de satisfaction.

Le Rwanda salue chaleureusement l'admission de cette nation africaine cadette dans la famille des Nations Unies et se joint volontiers à d'autres nations du monde pour présenter de nouveau ses félicitations au Gouvernement et au peuple du Zimbabwe, engagés maintenant dans la reconstruction nationale, sous la direction éclairée de son prestigieux premier ministre, le camarade Robert Mugabe, qui a su faire preuve de combativité et de haute stratégie lors de la lutte de libération nationale.

La victoire du peuple zimbabwéen constitue sans nul doute la victoire de l'Afrique libre sur le colonialisme et l'exploitation de l'homme par l'homme, systèmes désuets dont souffre malheureusement encore une partie de l'Afrique australe.

Nous saluons également l'admission, au sein de cette communauté, de l'Etat de Saint-Vincent-et-Grenadines, dont l'accession à la souveraineté nationale constitue un nouveau pas dans la lutte pour l'octroi de l'indépendance aux peuples et aux territoires sous domination coloniale.

S'agissant de ce problème angoissant du colonialisme, en général, et du colonialisme en Afrique, en particulier, ce serait un lieu commun d'affirmer que le rôle des Nations Unies a été décisif dans le processus de l'accession à l'indépendance des Etats africains actuellement Membres à part entière de l'Organisation des Nations Unies.

Il sied néanmoins de rappeler l'adoption, le 14 décembre 1960, de la résolution 1514 (XV) par l'Assemblée générale, qui a déclenché le grand mouvement d'indépendance de nos Etats, grâce auquel la présence africaine sur la scène internationale est actuellement une réalité vivante.

Le Rwanda, qui a accédé dans ce contexte à son indépendance le 1er juillet 1962, est Membre de l'Organisation des Nations Unies depuis le 18 septembre de cette même année. Dès son admission, mon pays a toujours oeuvré pour l'édification des conditions favorables au respect des nobles idéaux contenus dans la Charte des Nations Unies, dont le maintien de la paix et de la sécurité internationales constitue le pivot.

Ma présente visite m'offre l'agréable occasion de réaffirmer, une fois de plus, que le Rwanda est résolu et apte à contribuer, dans la mesure de ses moyens, à cette oeuvre mondiale de préservation de la paix et de la sécurité internationales, prônées par les Nations Unies depuis la création de l'Organisation.

Dans le cadre de la création des conditions favorables à l'édification d'un monde meilleur, le Rwanda demeure du côté de ceux qui luttent pour leur émancipation politique et économique.

C'est animés de ce même souci que nous déplorons l'attitude négative de ces pays qui continuent à défier la communauté internationale en poursuivant, souvent avec arrogance, leur politique odieuse et inhumaine d'apartheid, de racisme et de domination, bravant ainsi avec mépris et insolence l'esprit et la lettre de la Charte à laquelle ils ont pourtant souscrit.

La République rwandaise a toujours stigmatisé et condamné sans ambages l'anachronisme de ces pratiques barbares, que ce soit en Afrique ou dans d'autres régions du monde. Il est tout à fait regrettable que dans cette partie du monde les droits les plus élémentaires soient refusés à tout un peuple, voire foulés aux pieds, malgré les appels lancés de toutes parts pour mettre fin à cette situation.

En Afrique australe, l'indépendance du Zimbabwe a resserré l'étau autour de l'apartheid et de la domination raciale pratiqués par la minorité blanche d'Afrique du Sud et ravivé l'espoir d'une solution rapide en Namibie, malgré l'entêtement du régime de Pretoria qui continue de refuser d'évacuer ce territoire.

Le Rwanda persiste à croire que les pays occidentaux ont le pouvoir d'exercer toute leur influence, tant politique qu'économique, sur Pretoria afin de l'amener à des positions plus réalistes et plus favorables au plan des Nations Unies sur l'indépendance de la Namibie et à la démocratisation de son régime inhumain d'apartheid et de discrimination raciale.

Le Gouvernement rwandais, quant à lui, poursuivra, dans les limites de ses possibilités, son soutien indéfectible aux peuples namibien et sud-africain tant que les droits les plus fondamentaux et la justice la plus élémentaire leur seront déniés.

Le Rwanda a, à maintes reprises, exprimé son appui indéfectible à la juste cause du peuple sahraoui qui doit, à l'instar des autres peuples, jouir de son droit à l'autodétermination et choisir librement son sort. Le drame tchadien est pour nous, Africains, une situation préoccupante de premier plan, et la désintégration de ce pays frère qui, malheureusement, risque de s'ensuivre constituera le plus dur coup porté à l'unité de notre continent.

La délégation rwandaise lance de nouveau un appel pressant au bon sens, au patriotisme et à la sagesse des frères ennemis tchadiens pour qu'ils mettent fin à leurs hostilités et qu'ils trouvent une solution pacifique à leur conflit. Il devient en effet inquiétant et évident que cette lutte fratricide aboutira à la déstabilisation totale, voire à l'extinction de la nation tchadienne, bien entendu au seul détriment de tout le peuple tchadien, qui est déjà fatigué de cette guerre inutile.

La situation au Moyen-Orient reste de plus en plus précaire. Le refus persistant d'Israël d'évacuer les territoires arabes occupés et de reconnaître les droits inaliénables du peuple palestinien ne laisse pas percevoir une lueur de solution à ce problème qui n'a que trop duré. Pour sa part, le Rwanda reste profondément convaincu que ce conflit tragique ne trouvera aucune solution juste et durable sans le retrait inconditionnel des troupes sionistes des territoires arabes occupés depuis 1967 et sans le respect absolu des droits nationaux inaliénables du peuple palestinien, y compris celui de disposer de son propre Etat. Il est d'avis également que l'Organisation de libération de la Palestine [OLP], reconnue comme le seul représentant légitime du peuple palestinien, doit être intimement associée à la recherche de toute solution à cette grave question.

La question coréenne se place au premier plan des préoccupations de la communauté internationale. Le Rwanda, pour sa part, croit que toute interférence étrangère dans ce problème compromet très gravement la recherche objective d'une solution librement acceptable. Le Gouvernement rwandais reste d'avis que l'unification de la nation coréenne ne sera réalisée que par le retrait de toutes les troupes étrangères de cette zone, permettant ainsi au peuple coréen de trouver une solution pacifique au problème de sa réunification.

Cette position traduit l'attitude générale de la République rwandaise face à la situation de toutes les nations divisées. Ces nations ont le droit le plus absolu de trouver les voies et moyens de leur réunification pacifique, car elles restent indivisibles.

C'est dans ce contexte que le Gouvernement rwandais apprécie également l'esprit de détente qui anime les deux Etats allemands depuis quelques années déjà et qui se concrétise par une série d'arrangements dans plusieurs domaines en vue d'atténuer, autant que possible, les effets de la division de la nation allemande. Nous sommes persuadés qu'il est de l'intérêt de tous que ce dialogue se poursuive et aille aussi loin que possible dans le sens de la réunification libre et pacifique de la nation allemande et de la consolidation de la paix dans la région concernée.

Dans d'autres régions de l'Afrique et du reste du monde, la communauté internationale assiste impuissante à des déchirements dus principalement à des luttes d'influence entre les grandes puissances. Aussi suivons-nous avec inquiétude l'évolution de la situation qui prévaut actuellement dans la corne de l'Afrique, en Afghanistan, en Asie du Sud-Est, spécialement en Indochine et au Liban.

Les conséquences de ces conflits, attisés souvent de l'extérieur, sont innombrables et pénibles : la faim, les destructions massives des infrastructures socio-économiques, les pertes de vies humaines et le flux des réfugiés qui sont contraints de vivre dans des conditions inhumaines et insupportables, telles que le manque de nourriture et de logement.

Il est du devoir de la solidarité internationale de venir en aide à ces personnes déplacées contre leur gré et qui continuent d'errer en dehors de leur patrie, sans moyens de subsistance, sans logement et sans défense. L'une des solutions à ce pénible problème réside dans la recherche de la coexistence pacifique entre les nations. La voie qui mène à cet ultime objectif ne peut être que le respect mutuel et non l'ingérence dans les affaires internes des autres Etats, ingérence qui, souvent, est à la base de tous ces conflits.

La paix mondiale reste donc de plus en plus menacée par tous ces foyers de tension entretenus inutilement aux dépens des nobles objectifs de l'entente et de la sécurité internationales. Au lieu de favoriser la détente entre toutes les nations, grandes et petites, riches et pauvres, ces conflits incitent davantage les grandes puissances à accentuer leur compétition dans la course aux armements et à outrepasser les droits politiques et économiques des autres Etats; ce sont les petits et les faibles qui sont le plus souvent victimes de ces manoeuvres des grands.

La prolifération des armes de toutes sortes devient de jour en jour un sujet d'actualité très préoccupant. Des sommes fabuleuses sont consacrées aux recherches de nouvelles armes destructrices.

Qu'il me soit permis de citer à ce sujet une vérité poignante du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, M. Kurt Waldheim. Celui-ci, s'adressant à la dix-septième session ordinaire de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Organisation de l'unité africaine [OUA], le 1er juillet dernier, a déclaré :

« Il y a dans le monde d'aujourd'hui plus d'explosifs que de vivres, mesurés en livres par habitant. Les dépenses militaires absorbent un million de dollars par minute. Elles drainent donc des ressources qui dépassent de loin celles dont on aurait besoin pour lutter contre la maladie et atténuer la famine. »

Il est en effet scandaleux de constater que, au moment où la communauté internationale est engagée dans l'ère de la détente et dans le programme du désarmement, les dépenses militaires ont passé, selon les chiffres connus, de 225 milliards de dollars des Etats-Unis en 1974 à plus de 400 milliards de dollars actuellement. Des services compétents et sérieux ont d'autre part affirmé que 100 millions de dollars des Etats-Unis, soit comparativement le budget annuel de mon pays, sont consacrés chaque jour au renforcement des arsenaux nucléaires.

Je demeure fermement convaincu que de telles sommes devraient plutôt être consacrées à l'aide aux pays les moins développés et à des projets à caractère économique et social, tels que le développement de l'agriculture et de l'élevage, l'éducation, la construction d'hôpitaux, le développement de l'infrastructure routière et énergétique et l'amélioration des moyens de communication et de transport. Je continue à penser également que seules les grandes puissances détiennent sur ce problème une responsabilité et un rôle déterminants.

Il conviendrait, le réalisme aidant, que les Etats Membres de notre organisation cultivent entre eux l'entente et la coexistence pacifique sans distinction d'option politique ou idéologique de chacun. Alors — et alors seulement — la paix et la sécurité internationales, seuls préalables au développement économique, seront préservées et nos populations se verront épargner toutes les vicissitudes du spectre de la guerre, objet de hantise et de découragement.

La République rwandaise se sent fière d'appartenir au mouvement des pays non alignés, qui vise l'équilibre entre les nations du monde et sert d'élément stabilisateur entre les deux blocs d'influence.

Le Rwanda encourage à cet égard tous les pays non alignés à sauvegarder leurs objectifs en évitant de tomber justement sous l'emprise de l'un ou l'autre bloc, au risque d'affaiblir et d'amenuiser le rôle et la mission dévolus à notre mouvement.

Je profite de cette opportunité pour évoquer ici la glorieuse mémoire de feu le président Broz Tito, grand champion du mouvement des pays non alignés, dont le nom et les oeuvres sont pour nous tous le modèle d'un grand homme qui a le plus marqué la vie politique au XXe siècle. Même mort, le maréchal Tito reste et restera le symbole vivant de la sollicitude et du courage dans la défense des nobles idéaux du mouvement des non-alignés et dans la lutte pour la sauvegarde de l'indépendance de son pays, la Yougoslavie.

J'ai parlé des désordres et des conflits politiques qui déchirent présentement plusieurs coins de notre planète. Il est cependant d'autres situations plus graves encore, parce que durables, qui sévissent dans la plupart de nos pays : la faim, la malnutrition, la misère, les maladies et autres fléaux qui s'annoncent plus destructeurs et plus dévastateurs et qui rendent l'existence de nos populations encore plus précaire. En Afrique, par exemple, là où les inondations n'ont pas fait de ravages, la sécheresse dévaste tout sur son chemin et avance d'une manière inquiétante sur de vastes étendues, réduisant sensiblement la superficie des terres cultivables. Les dégâts causés par ces catastrophes naturelles sont incalculables; elles perturbent en particulier les programmes de développement et provoquent des famines dans les régions affectées. L'effort interne de chaque nation, la solidarité et la coopération internationales restent à coup sûr les armes les plus efficaces pour endiguer ces fléaux.

L'Organisation des Nations Unies s'est donné, en plus de la sauvegarde de la paix et de la sécurité internationales, d'autres objectifs, dont celui de réaliser la coopération internationale, en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe ou de religion.

Dans ce contexte, les difficultés d'ordre économique auxquelles se trouvent actuellement confrontées nos économies m'amènent à évoquer ici le sort d'un grand nombre de pays en développement qui continuent de vivoter dans une situation économique désespérée. Il est inutile de vouloir chercher les raisons et les causes profondes de ce marasme économique que traversent la plupart de nos pays, car les positions des uns et des autres divergent à tel point que, dans les rencontres internationales, nos délégations ne parviennent pas à se mettre d'accord.

Nous sommes néanmoins tous unanimes pour constater que, depuis plus d'une décennie, les économies des pays du tiers monde, au lieu de s'améliorer, s'enlisent davantage dans la stagnation, voire dans un état de recul. Point n'est besoin de démontrer la baisse continuelle des prix des matières premières. Elle est telle qu'il s'avère pour le moment difficile, et même impossible, de concilier les recettes d'exportation des matières premières et les dépenses de plus en plus croissantes que nous réservons à l'importation des produits finis.

Les déficits commerciaux qui en découlent obligent désormais les pays en développement à recourir à d'autres mesures non moins dangereuses pour leur viabilité politique et économique. Parmi ces mesures, je veux mentionner l'endettement qui semble malheureusement s'être érigé en règle d'or dans les relations entre les pays encore sous-équipés et les pays industrialisés. Il n'est pas certain que nos problèmes seront résolus en cumulant continuellement des dettes. Il convient plutôt de nous fixer une rigueur dans la gestion des faibles moyens dont nous disposons et de créer des conditions propices à la confiance internationale en matière financière.

C'est surtout l'insuffisance de l'assistance financière qui risque d'accentuer l'écart entre les pays riches et les pays pauvres, puisque ces derniers attendent des premiers plus de solidarité et de largesses dans leurs difficultés économiques. C'est même le devoir des pays nantis de venir en aide aux pays les plus démunis, surtout s'il faut tenir compte du fait que, souvent, c'est la nature qui favorise les uns et défavorise les autres.

C'est dans ce contexte que je rappelle les conditions particulières de mon pays, le Rwanda, situé en arrière des voies maritimes et dont le sous-sol paraît jusqu'ici dégarni. Le peu de matières premières que nous avons ne suffit même pas pour combler nos dépenses à l'importation, et, malgré la bonne volonté et l'effort constant consenti par le Gouvernement et le peuple rwandais pour tirer notre pays du sous-développement, notre situation d'enclavement constitue un goulot d'étranglement permanent tellement grave que, sans l'apport extérieur, il nous serait impossible d'accomplir la difficile tâche de développement national.

La situation des pays sans littoral mérite plus d'égards et plus d'attention de la part de toute la communauté internationale. En plus des effets de la crise

économique actuelle dont ils souffrent avec beaucoup plus d'acuité que les autres, ces pays font également face à leur état d'enclavement qui les contraint de payer des coûts très élevés pour le transport international de leurs marchandises.

Ce qui est encore plus grave, c'est que dans certains cas les économies de ces pays sont souvent victimes de situations qui échappent à leur contrôle, avec comme conséquence la perturbation de leurs sources d'approvisionnement et d'écoulement de leurs produits. J'ose espérer que les négociations en cours sur le droit de la mer prendront en considération cette situation tout à fait particulière des pays enclavés.

Par ailleurs, il s'impose de souligner que, pour juguler la crise économique actuelle caractérisée par la détérioration des termes de l'échange, l'inflation sans cesse galopante, la désorganisation du système monétaire international et la crise énergétique qui continue de déclencher le renchérissement du prix du pétrole, il faut que tous les pays unissent leurs efforts pour mettre en place de nouvelles règles de conduite économique internationale. Les forums internationaux affirment qu'il devient tout à fait impensable que les affaires économiques internationales continuent de tourner dans un système qui ne répond plus aux conditions du moment.

Le Rwanda pense, quant à lui, que le moment est venu d'être franc et de se dire la vérité. En effet, les pays développés ont tout intérêt à ce que les pays en développement soient leurs partenaires viables. Par conséquent, ces derniers doivent avoir accès au chapitre de la gestion des affaires internationales au même titre que les premiers, sans quoi l'écart entre eux ne cessera de s'élargir; et sans cela les slogans en vogue de « coopération internationale » et de « dialogue Nord-Sud » resteraient des mots vides de sens.

Si nous voulons réellement l'instauration d'un nouvel ordre économique international, nous devons cesser tout esprit de confrontation et d'égoïsme et rechercher un terrain d'entente par des concessions réciproques dans nos positions, et chaque fois dans le respect mutuel. Les moyens de bâtir un monde nouveau ne manquent pas; c'est la conjugaison de nos efforts qui fait encore défaut. Les pays en développement possèdent des matières premières impressionnantes et constituent, en plus, un grand marché des produits finis. Les pays développés disposent d'énormes capitaux et d'une technologie très avancée, de sorte que la mise en commun de toutes ces potentialités engendrerait une symbiose profitable à tous et qui réduirait sensiblement l'écart caractérisant les rapports actuels Nord-Sud.

En attendant ce moment salutaire, les pays en développement ont intérêt à développer sans tarder et à poursuivre, là où elle existe, une coopération horizontale à tous les niveaux, bilatérale, sous-régionale et régionale, et dans tous les domaines, cette coopération étant la seule voie d'accès possible au développement rapide et intégré. Cette coopération entre pays en développement exige avant tout une bonne organisation et un inventaire exhaustif des potentialités de chacun ainsi que des besoins à combler.

Pour ce qui concerne les pays membres de l'OUA, un pas important a déjà été franchi en avril dernier, à la deuxième session extraordinaire de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de l'OUA, par l'adoption du Plan d'action de Lagos en vue de la mise en oeuvre de la Stratégie de Monrovia pour le développement économique de l'Afrique et qui retrace les domaines prioritaires de développement jusqu'à l'an 2000, parmi lesquels l'alimentation et l'agriculture, l'industrie, la science et la technologie ainsi que les transports et les communications.

Un accent particulier est mis sur l'urgence, pour les pays africains, à réaliser leur autosuffisance alimentaire comme un impératif socio-économique, en ayant à l'esprit que la situation alimentaire en Afrique est au bord de la catastrophe et que la famine se fait de plus en plus menaçante à nos portes.

Ce souci d'intégration économique qui anime les pays africains constitue certainement l'expression vivante de la volonté politique des uns et des autres d'aboutir à la mise en place d'un nouveau type de relations économiques entre tous les Etats, relations basées sur une solidarité agissante et une franche collaboration dans le respect mutuel des options politiques ou idéologiques suivies par chaque Etat.

Le rôle des Nations Unies consiste alors à servir d'élément catalyseur et de cadre de concertation pour asseoir ce nouveau système devant caractériser les relations économiques de la communauté internationale.

La tenue dans cette même enceinte de la onzième session extraordinaire de l'Assemblée générale, qui vient d'achever ses travaux il y a quelques jours, traduit éloquemment cette volonté politique de concertation des Etats Membres de l'ONU. Bien que les résultats de cette onzième session extraordinaire, consacrée aux questions économiques, n'aient pas répondu aux espoirs nourris par nos peuples, je voudrais, pour ma part, exhorter à la poursuite des négociations dans un esprit de dialogue constructif, même s'il est vrai qu'il faudra encore attendre longtemps leur heureux aboutissement.

Les pays en développement savent en effet que le chemin de leur progrès est très long et qu'ils doivent persévérer dans leur action de rechercher des solutions acceptables par tous leurs partenaires.

La République rwandaise encourage enfin un engagement plus prononcé et plus uni des pays en développement, dans leur cercle du Groupe des Soixante-Dix-Sept, dans les négociations avec les pays développés, en vue d'établir un nouvel ordre économique international. Elle reste convaincue que cette unité dans l'action du Groupe des Soixante-Dix-Sept amènera, tôt ou tard, les pays développés à adopter des positions plus souples et plus positives sur les questions faisant l'objet des négociations globales.

Encore une fois, il s'avère opportun de redire sans ambages que les relations économiques internationales ont besoin d'être dynamisées et orientées dans la voie de l'équité, du partage et de la justice distributive, et que nous avons besoin d'être complémentaires dans nos rapports internationaux, pour parvenir à ce sublime objectif.

C'est dans cette interdépendance que nous bâtirons une société contemporaine que nous voulons plus juste, plus solidaire et plus solide. Nous comptons sur l'ONU pour canaliser nos efforts, et comme haut lieu de sensibilisation dans le dialogue et la concertation de tous les peuples du monde.

Vive l'amitié entre les peuples, vive la coopération internationale !