Témoignages -

  • « Je crois qu'il faudrait que l'on définisse les responsabilités à partir de nos traditions et que le chef ne soit plus considéré comme étant au-dessus des autres, mais un parmi les autres, et un serviteur. Voilà mon idéal. »
    Jeune Afrique N° 1439 - Kigali, Rwanda le 3 août 1988

Auto-stop

Fatigués et harassés d’avoir longtemps marché à pied, une jeune fille et son frère font du pouce et essaient d’intéresser les automobilistes à leur sort. C’était environ en juillet/août 1979. Je n’ai pas la mémoire exacte de la date, mais je n’oublierai jamais le fait lui-même.

Comme l’expérimentent souvent les pouceux, dans les grandes villes comme dans les petites, bon nombre d’automobilistes les dépassent, imperturbables, sans même l’aumône d’un regard. Un seul d’entre eux s’est arrêté : Juvénal Habyarimana, peu soucieux de stopper du même coup les quelques voitures qui faisaient partie de son cortège ainsi que d’autres voitures qui venaient après celles-ci.

Heureux d’avoir été enfin pris en pitié par un généreux automobiliste, sœur et frère s’avancent pour prendre place dans la voiture. Reconnaissant dans son passager le Président de la République en personne, ils reculent, tout surpris. Quant à leur bienfaiteur, qui ne les connaissait ni d’Ève ni d’Adam, il reste sur place, attendant que les jeunes gens  se décident à entrer dans la voiture. Finalement, pour ne pas prolonger l’attente et paralyser plus longtemps le trafic de Gikondo, il donne l’ordre au chauffeur d’une des voitures du cortège de prendre à son bord les passagers, de se détacher du cortège et de les déposer à leur lieu de destination.

A leur arrivée au Home de Kigali à bord d’une voiture présidentielle, sœur et frère sont traités avec beaucoup d’égards comme “des parents” de Juvénal Habyarimana 

par les membres du personnel tout impressionnés! 

Il s’agissait de mon grand frère et de ma grande sœur, simples citoyens, respectivement maçon et enseignante de profession. J’avais alors à peine vingt ans, et j’en ai aujourd’hui presque cinquante. C’était incontestablement un bon Chef d’Etat, et les réalisations socio-économiques à son actif sont considérables; mais ce sont ses qualités humaines qui m’ont le plus touché. Voilà pourquoi, comme moi, la population rwandaise dans sa grande majorité ressent sa perte comme la perte d’un parent : c’était un homme simple, proche des citoyens, et soucieux de leur bien-être.

T.K.

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