Famille · 11 avril 2024

Trente ans après, sa famille témoigne

Le 6 avril 2024, trente ans après l'attentat qui a coûté la vie au Président Juvénal Habyarimana, trois de ses enfants, Léon, Marie-Rose et Jean-Luc Habyarimana, ont choisi de prendre la parole. « Trente ans, c'est en même temps beaucoup, et c'est très peu, surtout pour des gens qui n'ont pas su faire leur deuil », dit Léon Habyarimana en ouverture.

Le parcours : de Rambura à la présidence

Léon Habyarimana retrace la vie de son père, né le 8 mars 1937 à Rambura, dans l'actuelle région de Gisenyi, d'une famille paysanne très catholique. Après le petit séminaire de Kabgayi et des études secondaires à Bukavu, il part étudier la médecine à l'université Lovanium de Léopoldville (Kinshasa), car il veut devenir médecin. À l'approche de l'indépendance, le Rwanda a besoin d'officiers rwandais : il rejoint l'école des officiers, dont il sort dans la première promotion, porte le drapeau national aux cérémonies de l'indépendance en 1962 et épouse Agathe Kanziga en 1963.

L'homme et le père

Marie-Rose Habyarimana, quatrième d'une fratrie de huit enfants, décrit un père très présent malgré ses responsabilités, attaché à sa famille élargie, plein d'humour, qui parlait volontiers de sa passion pour la médecine et emmenait ses enfants découvrir les préfectures et les parcs nationaux du pays.

Elle se souvient d'une éducation fondée sur l'égalité, entre filles et garçons comme entre les personnes : le respect qu'il témoignait aux chefs d'État des grandes puissances était le même que celui qu'il accordait aux paysans de sa région natale. Lorsque ses enfants lui demandaient de les inscrire dans une école belge ou française, il refusait : le système éducatif rwandais, en kinyarwanda, n'avait rien à leur envier, et l'argent serait mieux employé à développer l'école pour les enfants défavorisés.

Elle raconte aussi sa simplicité : peu de protocole, pas de domestiques pour servir les invités, même de marque — ses enfants s'en chargeaient. Et sa proximité avec la population : lors des sorties en famille, il conduisait lui-même, l'escorte suivant de loin, et s'arrêtait volontiers pour saluer et écouter les habitants.

Sur la télévision, introduite seulement fin 1992, elle rapporte la réponse qu'il donnait à ceux qui s'en étonnaient : la télévision profiterait-elle aux paysans des collines, ou seulement aux citadins ? Mieux valait d'abord investir dans ce qui ferait progresser tout le pays.

Elle l'a accompagné, comme interprète, lors de la signature des accords de paix d'Arusha, le 4 août 1993 : « Je voyais dans son cœur qu'il avait la volonté réelle que vraiment il y ait la paix. »

La guerre et le 6 avril 1994, selon la famille

Dans la dernière partie de la vidéo, Jean-Luc Habyarimana replace la guerre commencée le 1er octobre 1990 dans son contexte régional : les relations avec l'Ouganda, la question des réfugiés rwandais, que le Président voulait régler par la négociation et pour laquelle une commission rwandaise puis une commission conjointe avec l'Ouganda avaient été créées, et la démocratisation engagée à la fin des années 1980.

Il livre ensuite son témoignage du 6 avril 1994. Il se trouvait ce soir-là dans la résidence familiale de Kanombe, à proximité de l'aéroport, et dit avoir vu deux tirs de missiles, dont le second a touché l'avion, qui s'est écrasé dans le jardin de la résidence. Il avait 18 ans. Pour la famille, la responsabilité de l'attentat incombe au Front patriotique rwandais ; elle rappelle que l'instruction française s'est conclue par un non-lieu, faute de charges suffisantes, et qu'aucune juridiction n'a, à ce jour, établi les responsabilités.

La vidéo se termine par les mots que le Président aimait répéter : « L'histoire jugera. »