• « Nous devons nous consacrer, toujours davantage, à la lutte pour l'indépendance économique du continent Africain, en procédant, étape par étape, par la mise en place des ensembles économiques régionaux qui, d'ici l’an 2000, aboutiront à la création d'un Marché Commun Africain, prélude à la Communauté Économique de l’Afrique. »
    Cinquième Sommet CEPGL - Gisenyi, Rwanda le 30 janvier 1982

Relations France-Rwanda. La tête de Madame Agathe Kanziga la veuve du Président Juvénal Habyarimana proposée par Vincent Duclert et Alain Gauthier comme monnaie d’échange.

Depuis son accession au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron a inscrit dans ses priorités l’amélioration des relations entre la France et le régime en place au Rwanda depuis 1994. L’on se rappellera en effet que ce régime est issu de la conquête militaire du Rwanda par une rébellion formée par des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda qui ont entrepris la conquête du Rwanda en octobre 1990 et l’ont achevé en juillet 1994. Comme la France, en vertu des accords datant des années 1970, soutenait les forces armées du régime républicain, démocratique et légitime du Rwanda, la défaite de ces forces armées fut aussi celle de la France et la chute de ce régime en 1994 constitue un camouflet politique et diplomatique pour la France.

Les nouveaux maîtres du Rwanda depuis 1994 entendent bien le faire remarquer à la même France, et le lui faire payer au plus fort.

C’est dans ce cadre que le tout nouveau et jeune président français Emmanuel Macron, dès son installation à l’Elysée, va multiplier les gestes pour implorer la grâce du dictateur Paul Kagame, maître du Rwanda depuis 1994. Le geste le plus visible, car le plus spectaculaire, fut celui d’offrir le Secrétariat Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), organisation ayant pour vocation entre autres de défendre et de  faire rayonner la langue française, et ayant son siège à Paris, à une fidèle et proche de Paul Kagame, en 2018. Quand on sait que le même Paul Kagame venait de bannir la langue française au Rwanda et que cette langue était interdite dans l’enseignement public dans ce pays, on comprendra alors le paradoxe (certains diront le ridicule) de ce geste d’Emmanuel Macron.

Multipliant les initiatives, le président français, en 2019, mit en place une Commission d’historiens ayant comme mission d’examiner l’action de la France au Rwanda pendant la guerre de 1990-1994 et d’en tirer les conclusions. Et pour ce faire, toutes les archives de la République, même celles classifiées “Secret Défense”, étaient accessibles et consultables par cette commission. La présidence de la commission fut confiée à Vincent Duclert, un professeur d’histoire peu connu.

C’est le 26 mars 2020, soit après deux ans de recherches, que le professeur Vincent Duclert a remis au président Emmanuel Macron le rapport de la commission qu’il présidait. C’est un volume de plus de 1200 pages mais que celui qui a présidé à sa rédaction en a fourni les conclusions à la presse avec moult commentaires après la remise officielle du rapport au président. Il est vite apparu, aux yeux des observateurs avertis, que le fameux rapport n’était qu’une opération politico-médiatique, et pas du tout un travail de recherche scientifique. Voici par exemple ce qu’en dit l’Honorable Joan Carrerro, un espagnol plusieurs fois nominé au Prix Nobel: « L’objectif du rapport commandé à la commission présidée par Vincent Duclert semble clair. Selon les mots d’Emmanuel Macron lui-même, un “rapprochement” entre la France et le Rwanda est désormais possible. Par conséquent, ce que le président français a commandé n’était pas un rapport strictement scientifique, mais un outil politique destiné à justifier ce qui est à venir : de nouveaux “progrès futurs irréversibles” dans les relations bilatérales. Une autre preuve évidente qu’il ne s’agit pas d’un rapport scientifique est que ni Vincent Duclert lui-même ni les autres historiens de la commission ne connaissent grand-chose au dossier complexe du Rwanda ». 

Le cas Vincent Duclert : de l’obscurité à la célébrité

Vincent Duclert était un obscur professeur d’histoire inconnu même dans son patelin.  Mais voilà que subitement, après avoir remis le document de 1200 pages sur lequel il a passé deux ans avec une dizaine d’autres individus nommés par le président Macron en 2019, il devient subitement une star médiatique sur laquelle les projecteurs des médias sont braqués depuis le 26 mars 2021.

Son créateur qu’est le président Macron en rajoute en le désignant comme quasiment son “ambassadeur extraordinaire au Rwanda’’ en court-circuitant tous les méandres administratifs et les pratiques d’usage à l’Elysée comme au Quai d’Orsay. Ainsi, lui, le président Macron qui avait commandité le rapport et à qui Vincent Duclert l’a officiellement remis le 26 mars 2021, étant en sa possession, c’est lui qui peut le partager avec qui il veut. Et s’il voudrait le partager avec un autre Chef d’Etat, les voies diplomatiques officielles sont les plus indiquées. Mais dans la cas du Rwanda et du rapport Duclert, Macron considère que Paul Kagame serait aussi le commanditaire de ce rapport, et donc devrait le recevoir de son rédacteur Vincent Duclert presque simultanément que lui, si c’était géographiquement et humainement possible (don d’ubiquité de Duclert). C’est ainsi donc que Vincent Duclert a été dépêché à Kigali le 02 avril 2020 pour accomplir le même geste qu’il avait fait à Paris le 29 mars 2020 : remettre son rapport à l’autre président qui l’avait commandité.

La soudaine célébrité et sa brusque exposition sur la scène médiatique a vite fait de tourner la tête à notre sombre et modeste professeur Duclert. Dès ses premières sorties médiatiques lors d’interviews, exercice qu’il inaugurait apparemment pour la première fois dans sa quarantaine d’années de carrière, il s’égara et il sortit de son simple domaine d’historien pour se prendre pour officier de police judiciaire, Procureur, Juge d’Instruction, en même temps et bien entendu décideur politique.

C’est son alter ego Alain Gauthier qui va nous aider à illustrer le cas Duclert.

Cas Alain Gauthier

Alain Gauthier n’est plus à présenter. C’est en effet cet ancien enseignant du secondaire au Rwanda dans les années 70 qui, de retour dans sa France natale, est devenu riche et célèbre grâce à la chasse aux opposants de Paul Kagame vivant en France.

Il est en effet le Président du CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda), une puissante organisation financée par le régime de Paul Kagame et qui fait la chasse à ses opposants sous couvert de faire la chasse aux “ génocidaires”.

Alain Gauthier se trouve par ailleurs et avant tout un proche parent par alliance du tout puissant conseiller en matière de sécurité et de défense James Kabarebe, un Général tutsi né en Ouganda. Celui-ci est un ancien Chef d’Etat-Major des Armées de la République Démocratique du Congo (1996-1998) et Ministre de la Défense du Rwanda pendant plus de 10 ans.

Enfin, au Rwanda dont il possède la nationalité, Alain Gauthier est considéré par le régime comme un “ héros” et a été décoré des plus hauts ordres du pays par Paul Kagame.

Laissons donc Alain Gauthier nous présenter et nous commenter le rapport Duclert. Il nous révèle en effet que ce rapport revient sur les cas de seulement deux personnalités rwandaises parmi celles qu’il poursuit. Il nous révèle aussi comment Vincent Duclert sort de son rôle d’historien pour se muer en juge d’instruction en charge surtout de Madame Agathe Kanziga veuve du Président Habyarimana. Il va même jusqu’à affirmer que le président Macron, qui doit se rendre prochainement à Kigali, va rouvrir le dossier de Madame Agathe Kanziga, veuve Habyarimana, comme si ce serait en fait l’objet de sa visite et que la tête de cette veuve et de ses orphelins seront les cadeaux que Macron va offrir sur un plateau doré au dictateur Paul Kagame, à Kigali. Lisez plutôt:

A tel point que seuls les noms d’Agathe KANZIGA, épouse du président HABYARIMANA, visée par une plainte du CPCR depuis février 2007 et Laurent SERUBUGA, ex chef d’état major adjoint de l’Armée, visé par une plainte depuis l’année 2000, sont évoqués.

 »En réponse à une question du journaliste, monsieur DUCLERT répond : “Lorsque les forces spéciales arrivent après l’attentat pour évacuer les ressortissants (français et autres), la première des choses c’est d’évacuer la veuve HABYARIMANA qui, on le sait, est une extrémiste qui tient le clan du Nord, le Réseau Zéro, qui met en place le génocide.

Madame HABYARIMANA et toute sa parentèle seront évacuées dans le premier avion qui part de Kigali. Et monsieur DUCLERT de conclure: « C’est vrai que là je pense que le Président de la République, Emmanuel MACRON, va rouvrir le dossier de madame HABYARIMANA. Cela fait trente ans qu’elle est effectivement avec un statut extrêmement ambigu en France, protégée… Il faut que la justice passe. Au moins que la documentation sur elle soit établie ».

Le même Alain Gauthier, profitant de l’effet du rapport Duclert et de son instrumentalisation maladroite de la part de l’historien de seconde classe du même nom, fait des injonctions au Ministre de la Justice et Garde des Sceaux toujours en ce qui concerne Mme Agathe Kanziga, veuve du Président Habyarimana. Il écrit en effet au Ministre de la Justice, Garde des Sceaux  ceci:

Monsieur le Garde des Sceaux, le temps est venu de rendre justice aux victimes de ce génocide et à leurs familles.

Il est probable que plus de trois cents personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide ont trouvé refuge en France, où elles ont bénéficié jusqu’ici d’un accueil complaisant qui ne fait pas honneur à notre culture de la démocratie et à l’Etat de droit.

Beaucoup de ces génocidaires ont même obtenu l’asile politique, contrairement à madame Agathe KANZIGA, épouse du président HABYARIMANA, contre laquelle notre association a déposé plainte en février 2007.”

Dans le même courrier, le tout puissant, riche et célèbre Alain Gauthier donne des recommandations au président Macron sur ce qu’il devrait dire lors de sa prochaine visite au Rwanda :

En se rendant prochainement au Rwanda, le Président MACRON sera amené à prononcer des paroles fortes de vérité et de justice. Il doit pouvoir annoncer que, désormais, tous ceux qui ont pensé se cacher en France ne pourront plus échapper à la justice. Les victimes du génocide, les rescapés et leurs familles comptent sur vous. Les Français seront fiers de leur Justice”.

Enfin, il met à nu le vieux professeur d’histoire mais  novice en politique et juridiquement nul, qu’est Vincent Duclert quand il sort de son rôle et devient Procureur et Juge d’instruction en même temps. Il nous dit:

Et monsieur DUCLERT de conclure: « C’est vrai que là je pense que le Président de la République, Emmanuel MACRON, va rouvrir le dossier de madame HABYARIMANA. Cela fait trente ans qu’elle est effectivement avec un statut extrêmement ambigu en France, protégée… Il faut que la justice passe. Au moins que la documentation sur elle soit établie » ».

Auto-flagellation de la France

Beaucoup d’analystes et observateurs avisés trouvent que l’exercice d’auto-flagellation auquel se livre la France, est non seulement ridicule et déshonorant, mais aussi constitue son rocher de Sisyphe qu’elle sera appelée à remonter tous les 20 ou 25 ans dans chaque des pays africains de son ancien pré-carré. En effet, vues ses relations avec certains régimes et la cour qu’elle fait aux moins recommandables parmi eux dont en premier le régime dictatorial et criminel de Paul Kagame au Rwanda, la pauvre France est condamnée à faire son mea culpa au moins quatre fois par siècle devant chacun de ces pays.

Voici ce qu’en dit le Colonel (er) Jacques Hogard, Commandant du groupement Sud de l’Operation Turquoise (été 1994) au Rwanda.

“Le pire est ce faisant que la France s’humilie devant un régime totalitaire et ethnicité auprès duquel son prédécesseur fait figure d’«enfant de Marie»Il faut s’attendre en conséquence à ce qu’un nouveau Rapport dans 20 ou 25 ans au plus tard(cela risque de venir beaucoup plus tôt) fustige à son tour en termes plus sévères encore la cécité, l’aveuglement coupables de ceux qui auront ainsi cherché à plaire et complaire au début des années 2020 au calamiteux régime totalitaire du général-président Kagamé !“ 

Conclusion

Toutes les religions et croyances du Monde recommandent la protection et l’assistance à la veuve et aux orphelins. La Bible en parle à plusieurs reprises mais nous retenons seulement deux citations pour illustrer ce précepte. Il est écrit dans Zacharie 7 verset 10: “N’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, Et ne méditez pas l’un contre l’autre le mal dans vos cœurs.” Et dans  Deutéronome 24 verset 17: “Tu ne porteras point atteinte au droit de l’étranger et de l’orphelin, et tu ne prendras point en gage le vêtement de la veuve.”

Le livre Saint de l’Islam qu’est le Coran recommande aussi la protection de la veuve et de l’orphelin, l’étranger et le voyageur et interdit de les opprimer : « L’orphelin, ne le brime pas » Sourate 93, ad-Duhâ, verset 9. et de donner aux pauvres la part que Dieu leur a réservée : « Donne ce qui lui est dû à ton proche, au pauvre et au voyageur, et ne gaspille pas. » Sourate 17, al-Isrâ’, verset 26. Un précepte d’actualité en ce mois saint du Ramadan.

Mais quand une puissance comme la France ne trouve pas mieux pour redorer son blason que d’opprimer et offrir en monnaie d’échange la tête de la veuve et des orphelins ayant trouvé asile sur son sol, pour amadouer une dictature innommable, c’est un signe qui ne trompe, que cette puissance est en déclin et est donc décadente. Le sacrifice de ces pauvres veuves et orphelins ne pourrait arrêter ou même ralentir sa descente aux enfers. Et malheureusement, dans une telle situation, le pays se retrouve comme n’ayant plus d’hommes ou de femmes sages ou même respectueux de principes élémentaires d’humanité (ne pas brimer la veuve et l’orphelin,…) et s’enfonce, tête baissée, dans l’abîme. En ce qui concerne la France, un sursaut est-il encore possible ?

On pourrait en douter après le Rapport Duclert considération faite des motivations de ceux qui l’ont commandité et l’exploitation que certains milieux politico-médiatiques en font après sa publication, sans parler des sorties maladroites et orientées de celui qui lui a donné le nom pour avoir présidé la Commission.

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