• « Je crois qu'il faudrait que l'on définisse les responsabilités à partir de nos traditions et que le chef ne soit plus considéré comme étant au-dessus des autres, mais un parmi les autres, et un serviteur. Voilà mon idéal. »
    Jeune Afrique N° 1439 - Kigali, Rwanda le 3 août 1988

Message du chef de l’Etat rwandais à la nation

Rwandaises, Rwandais, Amis du Rwanda,

Notre pays continue à faire face avec courage et force, à l’attaque dont il fait objet, depuis le 1er octobre passé, de la  part d’assaillants, fortement  armés, en partie d’origine rwandaise, en partie d’origine étrangère, venant de l’Ouganda et pour la  plupart membres de l’armée de libération ougandaise. 

L’attaque dont nous avons été l’objet se situe, bien entendu, sur le plan militaire et celui de l’infiltration mais aussi sur d’autres plans; comme nous en avons fait l’amère expérience.

Permettez-moi, Militantes et Militants, Amis du Rwanda, de vous faire part de la situation concernant les multiples dimensions de l’agression contre notre pays, le Rwanda.

Sur le front militaire et celui de l’infiltration dans notre pays de forces ennemies, les nouvelles, aujourd’hui, sont rassurantes.

En effet, l’infiltration d’assaillants et de rebelles dans la Préfecture de Kigali est, à l’heure où je vous parle, sous contrôle.

Les caches d’armes déposées dans la capitale et ses environs par l’ennemi ont été saisies et surtout la plupart des infiltrés ont été repérés.

Dans ce succès, le dévouement de la population à la cause de la paix et de l’entente nationale a été exemplaire.

Grâce à elle, les forces de sécurité de notre pays ont été en mesure de remplir leur tâche.

Nous devons, Militantes et Militants, la plus grande gratitude à notre population, toute acquise au maintien de la concorde et de la paix nationale.

Mais il y a eu aussi, nous l’avons constaté avec colère et tristesse, au-delà de ce qui semblait raisonnable, une espèce d’excès de zèle, de la part de certains essayants de créer de la confusion en voulant se venger sur des gens dont l’enquête a rapidement révélé qu’ils n’avaient rien à se reprocher.

Donc, sur le plan des infiltrations dans la région de Kigali, la situation apparaît sous contrôle. Mais l’ennemi étant ce qu’il est, nous nous devons de garder une vigilance extrême, pas seulement dans les jours qui viennent, mais aussi dans les semaines et les mois à venir.

Sur le front militaire qui continue à être celui au Nord de notre pays, en particulier dans la région du Mutura, là aussi les nouvelles deviennent meilleures; car nos forces armées, du moral élevé et de l’acharnement patriotique desquelles nous ne pouvons que nous féliciter, nous féliciter vivement, vivement, car nos forces armées résistent aux forces ennemies, remarquablement approvisionnées, comme nous le confirment des observateurs extérieurs, et appuyées par un bureau de recrutement,depuis le territoire ougandais. Les combats parfois très violents ont eu lieu et continueront encore aussi longtemps que l’ennemi sera encore à l’intérieur de nos frontières.

La radio rwandaise continuera de vous informer, de la la façon la plus objective et la plus sincère possible, du déroulement des opérations militaires sur le front nord, afin que nous puissions tous suivre leur évolution.

Rwandaises, Rwandais, Amis du Rwanda,

L’agression contre notre pays n’est pas seulement d’ordre militaire. Elle se situe aussi sur le  plan de la manipulation  des médias internationaux et de la  désinformation concernant les réalités vraies de la position rwandaise et celles de l’enjeu de ces événements tragiques qui s’abattent sur notre pays.

Comme pour le lancement de l’attaque militaire de notre pays, lancement qui nous a pris au dépourvu -quand un détachement militaire en uniforme a franchi le pont de Kagitumba et pris d’assaut notre poste frontalier,-comme pour l’attaque militaire donc, nous avons également été surpris par la violence des manipulations, préparées, comme nous le savons maintenant, préparées depuis longtemps, de certains médias occidentaux, et non des moindres, en essayant de tourner l’opinion mondiale contre notre pays.

Ainsi, Militantes et Militants, notre pays  a fait l’objet, et continue à faire l’objet d’attaques et de calomnies, de mensonges systématiques que nous ne pouvons que  qualifier de diaboliques. Qui sont ces gens qui, sous prétexte de renverser  notre Gouvernement, ont recours à cette campagne de salir notre pays. 

Parfois nous avons même l’impression que n’importe quel individu peut dire n’importe quoi pour que cela soit reporté dans le monde entier, sans vérification aucune, sans le moindre critique, au mépris de ce que nous considérons comme ressortant de la plus élémentaire déontologie.

Mais peut-être est-ce ainsi que les choses fonctionnent. Nous le pouvons que le  déplorer.

Cette agression contre notre pays, contre sa réputation, contre ses acquis, sa volonté de progresser, et cette désinformation concernant la réalité  rwandaise et l’enjeu véritable  de ses évènements, cette désinformation, Rwandaises et Rwandais et Amis du Rwanda, se situe à deux niveaux. 

Elle a trait d’abord à la situation intérieure prévalent dans notre pays. 

Ainsi, la quasi-totalité des informations concernant la situation militaire et politique intérieure de notre pays, fournies  aux médias internationaux par les agresseurs du Rwanda, qu’il agisse de photomontages, d’interprétations purement tendencieuses d’événements qui parfois n’ont même pas eu lieu, de distorsion de la  vérité, semblent avoir été fabriquées ou conçues depuis longtemps, indépendamment de la vérité, mais  en fonction d’un  plan d’intoxication systématique de l’opinion publique internationale.

Toutes celles et tous ceux qui connaissent moindrement le Rwanda, tous nos pays amis attachés à la sauvegarde de presque 30 ans d’acquis d’un développement authentique, d’une coopération sans faille, tous nos pays amis attachés à la paix et la stabilité de notre région, n’auront aucune peine à prouver que cette désinformation ne peut être que le produit, hélas, d’une machination inqualifiable, et, pire, que cette désinformation est foncièrement contreproductive, qu’elle est contraire aux intérêts bien compris de tout le monde.

Dans leurs efforts de discréditer notre pays, d’en donner une image grotesque, dans leur acharnement de faire du Rwanda une caricature, alors que notre pays semble avoir si souvent été cité comme un modèle, comme un pays à gestion sérieuse et responsable, s’attachant avec toutes ses forces à un développement par tous partagé-ces gens que nous plaignons profondément, car ils ne savent pas à quel point ils font du tort à leur pays, à quel point ils risquent de s’aliéner la sympathie internationale, une fois que leur système de mensonges et de pseudo-information aura été perçu à jour, ces gens aveuglés, par on ne sait pas trop quoi, risquent de provoquer le chaos, ici dans notre pays, et dans notre région.

Au fond, leur aveuglement ne peut que conduire à faire embraser notre pays par une guerre civile, à précipiter dans le chaos notre région, connue pour sa stabilité exemplaire et l’entente cordiale régnant entre les peuples et leurs gouvernements.

Cet aveuglement ne rendrait-il pas impossible toute idée de partage dans la lutte pour un progrès toujours plus réel du Rwanda, cet aveuglement ne rendrait-il pas impossible toute idée de négociation, toute idée de progrès réel, toute idée d’un développement continu, toute idée de solution pour quoi que ce soit; cet aveuglement ne rendrait-il pas impossible toute continuation de l’ouverture en profondeur, ouverture politique, ouverture économique, ouverture sociale, humaine, idéologique, dans lesquelles le peuple rwandais s’est résolument engagé depuis le 1er juillet 1897, et qu’il a concrétisées, qu’il va continuer à concrétiser par tant de preuves tangibles.

Que cet acharnement aveugle notre pays risque de rendre tout cela impossible, nous le regrettons profondément.

Nous le regrettons d’autant plus que rien ne satisferait davantage le peuple rwandais et son gouvernement que s’ils pouvaient toujours plus contribuer, comme ils l’ont toujours fait, à résoudre tous les problèmes, certains tellement complexes, tous ces problèmes qui risquent d ‘accabler notre pays et notre région.

Rien ne serait pourtant davantage dans la tradition de la politique rwandaise, de notre politique, à condition bien entendu que la paix sociale et la concorde nationale dont notre pays s’enorgueillit depuis dix-sept ans déjà soient renforcées.

Militantes et Militants,

Ecoutez-moi bien, ECOUTER-MOI BIEN! L’ennemi qui accable notre pays, en y introduisant le feu et le sang ne cherche rien de plus que de dresser les uns contre les autres, ne cherche rien de plus que de vouloir prouver que 17 ans de paix nationale ne serait qu’une façade et qu’il serait facile de troubler l’entente ethnique régnant dans notre pays.

Nous devons, à tout prix, éviter de tomber dans ce piège infernal. Comme je vous l’ai dit, rien ne serait plus injuste, rien se serait plus délétère pour notre pays que si nous nous mettions à confondre les choses, et à considérer nos frères et nos soeurs, de quelqu’ethnie qu’ils soient, comme responsables de l’agression de l’armée contre notre pays.

Quelle que soit votre colère à l’égard de ces quelques  traîtres qui s’étant joints aux rebelles, quelle que soit votre inquiétude à l’égard des tentatives d’illuminés de vouloir réinstaurer dans notre pays un régime féodal d’un autre âge, qui veulent revenir au passé, qui voudraient se fondre dans des ensembles super régionaux, nous ne pouvons nous  permettre de mettre nos acquis en question.

Prouvons au monde que la maturité politique du peuple rwandais, son humanité foncière sont les meilleurs garants pour que nous surmontions cette épreuve difficile, pour que nous restions sereins, pour que nous puissions le plus vite revivre l’entente et la paix, que nous avons connues depuis si longtemps et que rien, ni personne ne pourra ni ne voudra jamais mettre en péril.

Rwandaises, Rwandais, Ami du Rwanda,

C’est également sur le plan de son image à l’extérieur que notre pays subit les pires injures, par la faute d’une campagne d’intoxication sans pareil.

Il est ainsi dit que notre Gouvernement massacrerait allègrement des milliers et des milliers de nos concitoyens, que le Moyen-âge le plus sombre règnerait dans nos institutions pénitentiaires, que nous serions des sanguinaires débridés, piétinant sauvagement les droits de l’homme et bien d’autres erreurs encore.

La vérité est toute autre.

La vérité est toute autre, apparemment et nous ne déplorons, heureusement, qu’un seul mort lors de la mise en prévention provisoire des 2500 à 3000 personnes dont il fallait examiner l’identité et les activités, pour des raisons de sécurité nationale, mais aussi pour leur protection, et à part quelques échauffourrés et quelques rudesses, probablement inévitables, vue les circonstance de tension, de menace de guerre civile, qui ne nous font que  plus apprécier la remarque maîtrise en la matière de nos forces de sécurité, tout le monde semble se porter raisonnablement bien, vue, bien sûr le contexte.

Nos  prisons ont été visitées par les journalistes libres de filmer ce qu’ils voulaient bien filmer, et de discuter avec qui ce soit; des missions diplomatiques ont elles aussi pénétrées dans nos prisons. Elles sont libres de le faire autant de fois qu’elles le veuillent.

Le comité international de la Croix rouge qui à la satisfaction profonde de toutes les parties concernées, et avant tout des responsables des prisons et des détenus eux-mêmes, avait visité toutes nos prisons, selon ses méthodes, il y a peu de temps, pour le moment, il est lui aussi à l’oeuvre, sans aucun empêchement de qui ou que ce soit, et cela conformément aux Accords internationaux signés, en connaissance de cause, par le Rwanda, convaincu de leurs objectifs.

Voilà, c’est cela l a  vérité. Nous n’avons rien à cacher. J’invite les parlements de nos pays amis de nous envoyer leurs commissions d’enquêtes, s’ils le veulent. Elles pourront tout voir, elles pourront enquêter sur tout. Vraiment, nous n’avons rien à cacher.

Ce que nous voulons, c’est que le monde connaisse la vérité et rien d’autre, plutôt que cette minable campagne

de pseudo- information. Que nos prisons sont surpeuplées à l’image  même de notre pays, rien de nouveau à cela. Mais nous ne semblons pas être les seuls dans ce cas. Et qui mieux que nous-mêmes sait tout ce que nous pourrions amélioré si nous en avions les moyens.

Ensuite, les agresseurs de notre pays le font décrire par les medias internationaux comme étant pourri par la corruption, comme se vautrant dans toute sorte d’ambitions personnelles, allant même jusqu’à lui enlever tout crédit en  matière de développement, ce développement qui n’aurait jamais été l’objectif du Gouvernement rwandais ni de ses responsables politiques.

Que la course individuelle à la richesse, déviation constatée sous toutes les latitudes, peut pervertir la marche vers un progrès collectif partagé, cela est connu de par le monde entier. Mais qui voudrait oublier délibérément avec quel acharnement moi-même aie stigmatisé ce phénomène et cela dès 1986, dès ma première rencontre avec les fonctionnaires de l’Etat et le personnel politique. C’est un phénomène difficile à éradiquer rapidement, mais comme chacun le  sait  nous nous sommes attelés avec conviction. Et puis il ne faut pas vouloir  escamoter les perspectives véritables de ce problème au  Rwanda. 

Selon certains, dont même les Chefs de gouvernements occidentaux, le Rwanda resterait toujours parmi les pays apparemment les plus propres. Mais cela bien sûr ne nous empêche pas de continuer notre lutte décidée contre ce véritable fléau de nos sociétés.

Enfin, on nous reproche de ne pas avoir tout fait pour résoudre le problème de non réfugiés. Cette accusation nous étonne beaucoup ; la position du Gouvernement est on ne peut claire et plus déterminée, et ses efforts ne laissent rien à désirer.  Les dossiers sont là pour le prouver. Mieux depuis  plusieurs années, nous avons déjà exploré les possibilités avec certains bailleurs de fonds, d’affecter une partie des ressources régionales qui reviennent au Rwanda aux pays acceuillant ses ressortissants afin de démontre clairement notre volonté de contribuer à un développement harmonieux de notre région.

Mais justement, Militantes et Militantes, Amis du Rwanda, justement, n’est-il pas étrange de constater qu’au moment même où des solutions réelles et justes semblent à notre portée, concernant le problème des réfugiés rwandais, qu’au moment où notre pays s’est engagé dans un  aggiornamento politique en profondeur, et qu’il a réussi à trouver une entente avec les bailleurs de fonds du système de Bretton Woods- n’est-il pas étrange que c’est à ce moment précis que des forces hostiles aux intérêts bien compris de notre pays aient décidé de porter une attaque armée et dévastatrice, l’entraînant dans la violence, le sang et le feu, afin d’essayer d ‘ y instaurer un retour à un régime, féodal?!

Essayer de régler par les armes des problèmes dont

la solution pacifique pouvait être entrevue, tout en risquant une conflagration nationale et régionale, c’est l’inconscience criminelle ou alors c’est le résultat d’une approche dont le cynisme ne le dispute qu’au mépris des droits humains les plus élémentaires.

Rwandaises et Rwandais,

Où que vous soyez, sachez que le Gouvernement du Rwanda poursuivra par tous les moyens ses efforts vers la solution pacifique des problèmes qui nous assaillent.

Qui plus que nous-mêmes serait mieux disposé à appuyer et à poursuivre avec conviction et acharnement une solution définitive du problème de nos réfugiés et nos émigrants.

Il y a bien sûr toujours moyen de mieux faire, comme pour toute chose; mais pour que nous puissions savoir comment mieux faire, je ne puis que réitérer l’invitation lancée à toutes celles et tous ceux qui pourraient nous faire des suggestions nouvelles de nous les faire connaître.

De même, nous nous sommes lancés dans cet aggionarmento politique dont nous voulons qu’il réponde aux défis nouveaux et aux exigences  nouvelles. S’il y a moyen de l’accélér, notre aggionarmento, ce n’est évidemment pas moi qui m’y opposerai ; ce que je désire en tant que responsable actuel de mon pays, c’est que  cela se fasse mûrement, d’une manière réfléchie, afin que nous soyons sûrs qu’il tienne compte de tout ce dont il faut  tenir  compte.

Mais nous devrions alors savoir qui voudrait bien participer activement et constructivement à l’approfondissement de l’édification politique  de notre pays. Il importe, comme je ne cesse de le dire, que la  base politique définissant l’avenir de nos structures politiques de notre pays soit la plus représentative possible.

Rwandaises, Rwandais, Amis du Rwanda, 

Voilà ce que j’avais à vous dire aujourd’hui,

J’aimerais terminer en remerciant vivement, au nom du peuple rwandais, les pays amis qui ont si spontanément pris notre parti, en nous apportant un soutien important sur le terrain, en venant nous aider à protéger leurs compatriotes travaillant chez nous au progrès de notre pays. 

J’aimerais leur dire que nous continuons à avoir besoin de leur présence, pendant un certain temps encore, jusqu’à ce que nous soyons sûrs que les choses seront rentrées dans l’ordre. Nous sommes sûrs que conscients de l’enjeu profond et grave de leur présence, conscients de l’importance qu’il y a de sauvegarder les acquis et d’assurer, grâce à une vision optimiste, l’espoir aux peuples de notre région, ils continueront à nous accorder leur appui.

Militantes et Militants,

Tous ensemble nous allons continuer notre marche vers le progrès. Les temps trop difficiles, les temps par lesquels nous passons actuellement contiennent en eux-mêmes les germes d’un avenir meilleur. 

Je vous souhaite, à toutes et à tous, de garder l’esprit serein, de prouver au monde notre capacité de maîtriser notre destin, et de sortir victorieux des épreuves les plus tragiques. Et pour cela, notre attachement aux acquis de la paix, de la concorde nationale sont nos meilleurs atouts.

Les temps sont difficiles, ils continuent à être difficiles, mais nous allons les surmonter, tous ensemble.

Je vous remercie,

Vive le Rwanda,

Vive la paix dans notre pays  et dans toute notre région.

D'autres

Message à la nation

Vous avez tous le devoir d’œuvrer au
rétablissement de la paix et de l’unité nationale. C’est pour votre intérêt,
c’est pour le bien de vos familles, c’est pour la prospérité de la Nation
toute entière. Aimez vos compatriotes sans distinction d’origine ethnique
ou régionale.