Discours · 1er septembre 1993

Allocution lors de la visite officielle en Ouganda

Monsieur le Président,

La délégation rwandaise ainsi présente ce jour dans ce beau pays et moi-même, sommes heureux de l’accueil que vous-même Monsieur le Président, votre Gouvernement et le Peuple ougandais avez bien voulu nous réserver.

Nous vous remercions de tant de prévenances dont nous sommes l’objet depuis notre arrivée ici.

Monsieur le Président,

Excellences, Mesdames, Messieurs,

La date du 1er septembre 1993 est une des dates qui resteront dans les annales des relations entre l’Ouganda et le Rwanda. Presque 3 ans viennent de s’écouler, marqués par la tension créée depuis le 1er octobre 1990, par une guerre meurtrière, une guerre qui a laissé dans la détresse, plus d’un million de citoyens rwandais originaires de la région nord du Rwanda, frontalière avec l’Ouganda, une guerre qui a apporté le désespoir et la désolation, même en territoire ougandais. Une guerre qui a été ressentie de part et d’autres de la frontière rwando-ougandaise, par une même population que seules des frontières artificielles, héritées de la colonisation séparent, mais que rapprochent tant de liens familiaux et consanguins. Une guerre qui a réduit à néant, presque tous les acquis de la coopération entre l’Ouganda et le Rwanda.

Nous sommes venus vers vous aujourd’hui vous apporter le message de paix, que le Peuple rwandais adresse au Peuple ougandais et aux dirigeants de ce Pays.

Nous sommes venus peu après la conclusion de l’Accord de Paix, signé à Arusha le 4 août 1993 qui a mis fin à cette guerre et qui a initié un nouveau cadre pour une réconciliation nationale au Rwanda.

Nous sommes venus vous visiter aujourd’hui convaincus que le vent de la paix au Rwanda doit souffler sur toute notre région.

Monsieur le Président,

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Dans un mois, exactement le 1er octobre 1993, trois ans se seront écoulés depuis que le Rwanda a été plongé dans la guerre. Trois ans d’horreur et de désolation. Trois ans de relations presque mortes entre l’Ouganda et le Rwanda.

Nous ne sommes pas venus ici pour remuer le couteau dans la plaie, la plaie des cœurs qui ont été déchirés tout au long de ces trois dernières années.

Notre visite chez vous a pour motivation profonde d’enterrer nos divergences passées, pour bâtir de nouvelles relations, sous-entendues par la confiance et la complémentarité, dans le respect mutuel.

Monsieur le Président,

Excellences, Mesdames, Messieurs,

La fin de la guerre doit favoriser l’amélioration de la sécurité à la frontière rwando-ougandaise. Il est dès lors urgent pour nos deux pays de retrouver les conditions de paix et de sécurité, afin de mettre en œuvre l’Accord de coopération en matière de sécurité, Accord que le Gouvernement de la République rwandaise et le Gouvernement de la République de l’Ouganda ont signé à Kampala le 8 août 1992.

L’engagement solennel de nos deux pays à mettre la priorité de notre coopération sur la sécurité à la frontière rwando-ougandaise, est rendu nécessaire, par la volonté commune de rendre utilisable, à nouveau et dans l’intérêt de nos deux peuples, la voie d’approvisionnement communément appelée le Corridor Nord. Les opérateurs économiques de nos deux pays -comme ceux du Burundi et de l’Est du Zaïre- attendent cet évènement pour la reprise des échanges commerciaux, et de la relance d’une coopération économique dynamique dans la sous région. Tout cela exige la redynamisation des rencontres entre les responsables des questions de sécurité à tous les niveaux.

Monsieur le Président,

Excellences, Mesdames, Messieurs,

La mise en œuvre de l’Accord de Paix au Rwanda va nécessiter l’appui sans réserve, de tous les pays amis du Rwanda, mais tout particulièrement les pays voisins, témoins privilégiés de notre engagement à la réconciliation nationale, lors de la signature de l’Accord de Paix, le 4 août 1993 à Arusha. Nous ne doutons guère que L’Ouganda va se joindre aux autres Nations, pour épauler le Rwanda, dans les programmes socio-économiques urgents dont notamment la solution définitive du problème des réfugiés rwandais et le retour des déplacés de guerre dans leurs biens.

Votre pays, l’Ouganda, sera particulièrement sollicité dans le cadre de la mise en œuvre des solutions au problème des réfugiés rwandais vivant sur le sol ougandais. Conformément à la déclaration des Chefs d’Etats et de Gouvernement adoptée à ce sujet le 19 février 1991 à Dar Es-Salaam, au Protocole d’accord entre le Gouvernement rwandais et le Front Patriotique Rwandais signé à Arusha le 9 juin 1993, ainsi qu’à la déclaration d’Arusha du 4 août 1993, nous attendons du Gouvernement ougandais qu’il veuille apporter sa contribution à la concrétisation, dans les meilleurs délais, des trois solutions envisagées, à savoir :

  • Le rapatriement libre et volontaire des réfugiés, en sauvegardant au maximum leurs droits;
  • L’établissement des réfugiés rwandais dans le pays d’accueil;
  • La naturalisation des réfugiés et leur intégration complète dans la communauté du Pays hôte. Un tel choix sera motivé par des sentiments culturels profonds, ainsi que par le principe de libre circulation et de libre établissement, préconisé par les organisations régionales et sous régionales dont nos deux pays sont membres.

C’est l’occasion de réaffirmer ici l’engagement du Rwanda à résoudre, une fois pour toutes, le problème de ses réfugiés. Je les invite donc à regarder sereinement l’avenir et à fixer leur choix librement et au mieux de leurs intérêts. Le Gouvernement rwandais, n’épargnera aucun effort, pour que ce choix soit respecté et pour que la Communauté Internationale nous aide à le voir concrétisé. L’appui de L’Ouganda est d’ores et déjà sollicité.

Monsieur le Président,

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Nos deux pays, on ne le dira jamais assez, ont tissée depuis des temps immémoriaux, des relations basées sur le bon voisinage.

Notre visite d’aujourd’hui a pour but de les relancer dans l’intérêt mutuel de nos deux peuples. Nous vous remercions de nous avoir si bien accueillis. Je souhaite qu’à notre tour nous puissions vous recevoir bientôt au Rwanda. Je vous adresse d’ores et déjà ma fraternelle invitation.

Monsieur le Président,

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, comme nous avons commencé notre réunion par une prière, citer un passage du livre de la sagesse. Ch. 9-1 (1-6) et conclusion (1) (Selon la Bible de Jérusalem Editions du Cerf. 1978)

« Dieu des Pères et Seigneur de miséricorde. Toi qui, par ta Parole, as fait l’univers, toi qui, par Ta sagesse, as formé l’Homme pour dominer sur les créatures que tu as faites, pour régir le monde en Sainteté et justice et exercer le jugement en droiture d’âme, donne moi celle qui partage ton trône la SAGESSE, et ne me rejette pas du nombre de tes enfants, car je suis ton serviteur et le fils de ta servante, un homme faible et de vie éphémère, peu apte à comprendre la justice et les lois.  »

« Quelqu’un, en effet, serait-il parfait parmi les fils des hommes, s’il lui manque la Sagesse qui vient de toi, on le comptera pour rien.  »

« Oui, de toutes manières, Seigneur, Tu as magnifié Ton peuple et Tu l’as glorifié; Tu n’as pas négligé, en tout temps et en tout lieu de l’assister! ».

Dieu qui a donc veillé sur nos pays, surtout dans les moments difficiles, saura nous guider dans la bonne voie, celle de l’amour du prochain et du pardon. Nous lui rendons grâce de nous avoir aidé à rester sereins et prompts à enterrer les divergences et les malentendus du passé.

Qu’il nous apporte sa bénédiction et nous soutienne dans notre soif de la justice et de l’équité.

A notre tour faisons tout, pour que nos peuples envisagent leur avenir avec optimisme et espoir et pour qu’ils chevauchent désormais, côte à côte, dans la voie du progrès, dans l’entente et la coopération retrouvée.

C’est là, la motivation première de notre visite d’aujourd’hui.

Le Rwanda, je puis vous l’assurer, s’y emploiera de toutes ses forces.

Je vous remercie,