Je ressens à la fois ce sentiment d'un honneur insigne et d'un plaisir réel, mais aussi d'une émotion profonde, en ce moment où, au nom de mon pays, le Rwanda, je prends la parole devant cette prestigieuse Assemblée des Nations Unies, qui chaque année se penche sur le sort de notre monde.
Mais avant tout, je voudrais, Monsieur le Président, m'associer aux éminents orateurs qui m'ont précédé sur cette tribune pour vous adresser, au nom de la délégation que je conduis, nos chaleureuses félicitations pour votre élection à la présidence de la quarante-huitième session ordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies. Nous sommes assurés que vos qualités personnelles, ainsi que votre longue expérience des questions internationales, vous aideront à vous acquitter au mieux de cette lourde responsabilité. Vos qualités et votre expérience constituent le meilleur atout pour le succès des travaux de la présente session. Nos félicitations s'adressent également à tous les autres membres du Bureau, qui, nous en sommes convaincus, feront tout pour vous aider à vous acquitter avec succès de la lourde tâche qui vous a été confiée. La délégation de la République rwandaise ne ménagera aucun effort pour participer activement et efficacement au bon aboutissement des points inscrits à l'ordre du jour de cette session.
Par ailleurs, un hommage mérité est à rendre à votre prédécesseur, M. Stoyan Ganev, qui a toujours été animé par le même souci d'efficacité, au service de la paix, de la justice et de la sécurité internationale. Il mérite notre profonde gratitude pour avoir dirigé, avec sagesse et compétence les travaux de la quarante-septième session de l'Assemblée de notre organisation.
Nous saisissons également cette agréable occasion pour saluer chaleureusement la présence parmi nous des nouveaux Etats Membres, dont l'admission marque une étape importante vers l'universalité de notre organisation.
Cette quarante-huitième session de l'Assemblée générale des Nations Unies s'ouvre au moment où le monde nous offre un camaïeu peu reluisant : ici et là, quelques îlots de paix et de prospérité. Ils sont peu nombreux. Ailleurs, en plusieurs points du globe, des conflits armés, des tensions politiques prêtes a éclater en crises ouvertes, des délabrements économiques et sociaux. Dans un grand nombre de pays, la misère, des bouillonnements dus à la recherche de sociétés plus équilibrées. Et partout, l'angoisse face à tant de défis qui se dressent devant la conscience de l'homme et qui engendrent la peur pour l'avenir.
Heureusement, quelques bonnes volontés s'organisent et se mobilisent au niveau des Etats, des organisations non gouvernementales, des organisations régionales et internationales, au premier rang desquelles se trouve l'Organisation des Nations Unies, pour réveiller la conscience universelle, éteindre les brasiers, accompagner les changements politiques, soulager la misère et redonner espoir et goût de vivre à ceux pour qui les horizons semblent fermés et sombres.
C'est le lieu et le moment de rendre un vibrant hommage à notre organisation mondiale et à son inlassable Secrétaire général, M. Boutros Boutros-Ghali, pour toutes les actions entreprises et conduites avec doigté en vue de ramener la paix dans les régions et les pays ravagés par la guerre, de prévenir d'autres conflits, d'assister les peuples démunis ou éprouvés par des catastrophes de toutes sortes. Les moyens sont limités, certes, mais cette organisation n'est-elle pas le dernier espoir des peuples?
Et des succès stimulent cet espoir. Ainsi, nous saluons avec enthousiasme la fin de la guerre civile au Cambodge et le rétablissement des institutions étatiques dans ce pays.
Le Rwanda se félicite des progrès réalisés en vue du règlement du conflit au Mozambique et suit avec une attention toute particulière l'évolution politique en Afrique du Sud. Si le système d'apartheid n'est pas encore totalement enrayé en Afrique du Sud, les développements récents y augurent d'une évolution positive rapide.
Le Rwanda se réjouit au plus haut point de l'évolution très positive des négociations de paix au Moyen-Orient, qui viennent de franchir une étape très importante grâce à la reconnaissance mutuelle entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et à la signature, le 13 septembre 1993, à Washington, d'un accord sur l'autonomie palestinienne à Gaza et à Jéricho. Nous espérons que cet accord historique, qui a jeté les bases d'une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens, va ouvrir la voie à une solution durable de toutes les questions liées au problème du Moyen-Orient et vers l'installation définitive de la paix et de la tranquillité dans cette partie du monde.
C'est à cette fin que nous sollicitons de la communauté internationale qu'elle redouble d'efforts pour qu'aboutissent à des résultats heureux les tentatives en cours en vue du règlement des conflits en Bosnie-Herzégovine, au Libéria, en Angola, en Somalie et partout ailleurs où les peuples sont meurtris, divisés et plongés dans la misère par les égoïsmes et les ambitions individuels ou tribaux, ou menacés dans leur souveraineté par l'appétit démesuré d'autres Etats.
Au niveau des relations économiques internationales, il reste déplorable de constater que les trois quarts de l'humanité demeurent en marge du progrès économique et social, dans la mesure où de nombreux déséquilibres structurels continuent de handicaper les pays du Sud dans leurs efforts d'autodéveloppement et de coopération internationale. En effet, malgré les efforts de concertation et d'intégration, malgré les ajustements internes opérés toujours au prix d'énormes sacrifices, malgré les bonnes volontés exprimées dans le partenariat international, la dette extérieure continue à s'alourdir et l'écart entre les économies du Nord et du Sud ne cesse de s'élargir.
La délégation rwandaise est convaincue que pour améliorer le sort de l'humanité, la communauté internationale doit envisager des mesures appropriées de nature à favoriser l'émergence d'un nouvel ordre économique mondial plus équitable et plus équilibré. A cet égard, seule la volonté politique commune de tous les Membres de notre organisation pourrait faciliter la correction des déséquilibres structurels de l'économie mondiale et ouvrir la voie à un nouveau partenariat où l'interdépendance signifiera, avant tout, un destin commun de l'humanité, et où la coopération internationale sera davantage synonyme de succès gratifiant pour tous les partenaires, le sceau de la fraternité et la promesse d'une solidarité vécue intimement.
Le Rwanda a toujours estimé que la coopération internationale, pour être plus efficace, doit être davantage le fait d'une concertation intense, transparente, cohérente et concise avec nos partenaires, engagés dans ce qui devrait être un jour considéré comme un véritable contrat de solidarité. Le Rwanda a toujours estimé qu'une coopération bien conçue implique la notion de cogestion, de coresponsabilité, ce qui signifie donc responsabilité partagée, dialogue permanent, transparence des engagements et acceptation du droit à l'erreur, de part et d'autre. Pour que, plus que par le passé, la coopération puisse répondre à l'enjeu prospectif, pour qu'elle devienne davantage encore coopération, la communauté internationale doit chercher une solution efficace à tous ces défis qui nous entraînent dans un surendettement institutionnalisé.
De plus, la coopération internationale ne pourra renforcer son envergure et son impact que par une véritable intégration des actions, des programmes, dans un contexte stratégique national, dans une vision globale d'autodéveloppement authentique. Le Rwanda a toujours accordé une importance spéciale à la coopération internationale, à laquelle il doit tant de son progrès, tant de son développement, et tant de ses acquis.
S'agissant de la situation politique du Rwanda, mon pays, vous le savez, sort d'une guerre injuste, insensée et imméritée, à lui imposée voilà trois ans, depuis le ler octobre 1990. Avant de vous brosser à grands traits la situation dans laquelle cette guerre a plongé la population rwandaise et l'économie du pays, permettez-moi de souligner encore une fois le rôle de la communauté internationale dans le dénouement des crises conflictuelles, car la fin de cette guerre dans mon pays est le résultat d'un miracle de la solidarité internationale.
Certes, il a fallu la bonne volonté des deux parties. La sagesse a prévalu sur les ambitions. La haine a cédé à la nécessité de la survie de la nation. Mais la volonté des deux parties, pour une convergence de leurs efforts, fut appuyée, fortement, par les pays voisins du Rwanda, parmi lesquels elles ont choisi, de commun accord, un médiateur, la République du Zaïre, et un facilitateur, la République-Unie de Tanzanie.
Les deux belligérants ont également bénéficié de l'assistance avisée du Président Abdou Diouf du Sénégal, alors Président en exercice de l'Organisation de l'unité africaine, et de certains pays amis, la France, la Belgique, la République fédérale d'Allemagne et les Etats-Unis d'Amérique, sans oublier le concours combien précieux de l'Organisation de l'unité africaine et de l'Organisation des Nations Unies. Tous ces pays et organisations internationales ont en effet envoyé à Arusha, en Tanzanie, des représentants aux négociations de paix, entamées au Zaïre depuis le déclenchement des hostilités et qui se sont poursuivies en Tanzanie une année durant en leur présence et ont été clôturées par un accord de paix.
Je saisis l'occasion pour réexprimer à tous ces pays et organisations les sincères remerciements du Gouvernement et du peuple rwandais pour leur apport combien appréciable à l'aboutissement heureux des négociations, qui ont été éprouvantes pour toutes les parties et qui, plus d'une fois, ont frôlé la rupture, n'eussent été la ténacité et la ferme volonté des deux parties, mais aussi les conseils combien judicieux et fermes de tous les amis présents.
Cette guerre absurde qui a frappé le Rwanda est en train de s'éteindre, grâce à l'Accord de paix signé à Arusha le 4 août dernier. Elle fut meurtrière et destructive. Nous déplorons plusieurs dizaines de milliers de victimes. La guerre a détruit un nombre considérable d'infrastructures, d'équipements et d'ouvrages socio-économiques et administratifs et laissé dans le dénuement le plus total plus de 900 000 personnes déplacées, dont les biens sont partis en fumée.
Elle nous laisse, cette guerre, des orphelins et des mutilés de tous âges, des veuves et des vieillards sans secours, et des centaines de milliers de sinistrés économiques. Dans les régions affectées par la guerre, c'est la misère et la désolation. La scolarité est gravement compromise et les séquelles psychiques sur les tranches d'âges les plus vulnérables sont sans doute incalculables.
Cette guerre a brisé l'équilibre alimentaire déjà fragile et favorisé la famine qui touche tout le pays, pour avoir éclaté dans les régions les plus fertiles du pays, qui ne sont plus cultivées depuis trois ans. Les délégués des organismes internationaux et des organisations non gouvernementales qui ont pu visiter les camps des déplacés, ne peuvent oublier le spectacle de désolation de ces abris de fortune, où des centaines de milliers d'êtres humains continuent de mener, entassés dans des conditions d'extrême insalubrité, une vie à la limite du tolérable. Ces délégués ne peuvent oublier ces files d'affamés sur les routes, en quête d'une aide que la communauté internationale leur destinait et qu'elle arrivait difficilement à leur faire parvenir pour leur permettre de survivre.
Et que dire de l'économie en général? Déjà fort perturbée, elle est aujourd'hui encore plus délabrée en raison des énormes dépenses inhérentes à la guerre et aux destructions qu'elle a entraînées.
Ainsi, après la signature de l'Accord d'Arusha, l'heure est aujourd'hui au travail, immense et de longue haleine, de reconstruction nationale, dans la paix et la sérénité retrouvées, sans oublier l'autre objectif non moins important qu'est la réalisation de la réconciliation nationale et la poursuite du renforcement du processus de démocratisation dans la gestion du pays. Il y a lieu de se féliciter déjà de l'instauration du multipartisme par la révision constitutionnelle du 10 juin 1991, grâce à laquelle 17 partis politiques ont été agréés à ce jour, dont cinq forment actuellement le gouvernement de transition, qui sera bientôt élargi au Front patriotique rwandais, pour une nouvelle transition devant déboucher sur des élections pluralistes, libres et démocratiques.
Sur le plan économique, le Rwanda connaît une crise depuis les années 80, crise qui a eu des répercussions négatives sur l'exécution budgétaire et qui a été exacerbée non seulement par la guerre, mais aussi par le caractère non prévisible des chocs exogènes, notamment l'effondrement du prix international du café, notre principal produit d'exportation.
Comme la croissance des dépenses publiques et celle du déséquilibre fondamental de la balance commerciale conjuguée à un appareil productif caractérisé par une structure très fragile ne pouvaient plus être maîtrisées, mon pays a mis en oeuvre, dès novembre 1990, un programme de redressement ayant pour objectifs primordiaux : la relance de l'économie; la recherche des équilibres financiers internes et externes; la promotion de l'épargne intérieure; l'encouragement de l'activité du secteur privé et l'amélioration de la gestion du secteur public.
Le Programme d'ajustement structurel du Rwanda a été massivement soutenu par l'ensemble des bailleurs de fonds, techniquement et financièrement, et en tête, les institutions de Bretton Woods. Malheureusement, le démarrage de ce programme, que le Gouvernement aurait apparemment pu exécuter sans trop de dérapages, a coïncidé justement avec l'attaque d'octobre 1990.
Du haut de cette tribune, je remercie très solennellement la communauté internationale qui a appuyé le Rwanda tant au niveau de l'aide à la balance des paiements qu'au niveau des projets de développement. Nos remerciements sont encore plus profonds pour la priorité donnée par la communauté internationale au secours aux déplacés de guerre, en réponse à l'appel consolidé lancé par le Département des affaires humanitaires des Nations Unies, dont le dévouement se trouve au-dessus de tout éloge.
Suite à la guerre et à la nouvelle détérioration des termes de l'échange enregistrée par l'économie rwandaise, la colonne vertébrale de notre Programme d'ajustement structurel est menacée. Je veux parler de la libéralisation des échanges extérieurs et intérieurs, qui nécessite une situation confortable des réserves de change.
Le Gouvernement rwandais vient de décider des éléments saillants de sa politique économique à court etmoyen terme - pour la période 1993-1996 - dans le contexte de l'après-guerre, éléments que nous venons de soumettre à la communauté internationale. Cette politique traduit l'engagement du Gouvernement de tout mettre en oeuvre pour stabiliser les grands équilibres financiers et lancer le processus de reprise économique, en s'appuyant sur la stratégie de base du Programme d'ajustement structurel, qui accorde un rôle clef aux forces du marché. En somme, il s'agit de capitaliser les résultats positifs des mesures mises en place depuis novembre 1990 et d'envisager de nouvelles mesures dictées par la détérioration des perspectives économiques à court et moyen terme liée à la guerre.
En somme, conformément au contenu de l'Accord de paix, les priorités qui seront celles du gouvernement de transition à base élargie sont de poursuivre les efforts de redressement économique et de s'atteler aux quatre programmes de développement économique spécifique d'après guerre, à savoir : l'aide d'urgence aux déplacés de guerre et l'aide à leur installation dans leurs biens; l'assistance à la réinstallation des réfugiés rwandais; l'assistance à la reconstruction; l'assistance à la réinsertion sociale et économique des militaires démobilisés.
Pour le rapatriement des réfugiés rwandais, conformément à la Déclaration de Dar es-Salaam du 19 février 1991, une réunion des bailleurs de fonds sera organisée à l'initiative du Gouvernement, de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et du Haut Commissariat des Nations Unies pour le réfugiés (HCR). Avec la guerre, on a noté des destructions de tout genre, et surtout la dégradation et la destruction de plusieurs milliers d'hectares boisés, ce qui va aggraver encore plus le déficit en bois. Avec la fin de la guerre, le pays devra dégager les frais de démobilisation de plus de 31 000 militaires, et pour ces derniers, il faudra identifier au niveau de tout le pays des activités rémunératrices et de formation qui puissent faciliter leur réintégration sociale et économique.
C'est dans le cadre de la préparation des programmes de reconstruction et de réinsertion socio-économique des militaires démobilisés que j'ai personnellement adressé une requête au Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, en date du 2 janvier 1993, et qu'une mission interagences du système des Nations Unies est, avec celle du PNUD, actuellement occupée à épauler le Gouvernement rwandais dans la préparation du document à présenter aux bailleurs de fonds lors d'une table ronde d'urgence humanitaire.
Le Rwanda essaie de gérer ses maigres ressources dans un contexte extrêmement difficile. Mais il reste engagé pour une stratégie de développement économique, contenue dans son Programme d'ajustement structurel lancé en novembre 1990, avec comme pilier le processus de libéralisation économique déjà amorcé et donnant au secteur privé un rôle plus accru dans la prise de décisions.
En signant l'Accord de paix, le Gouvernement rwandais s'est fermement engagé à renforcer les bases d'un Etat de droit dans lequel seront garantis les libertés publiques, les droits politiques, la justice et l'équité. Dans cet accord, les deux parties ont convenu qu'il sera mis sur pied une Commission nationale des droits de l'homme indépendante qui sera chargée d'examiner les violations des droits de l'homme commises par qui que ce soit sur le territoire rwandais, particulièrement par des organes de l'Etat et par des individus sous le couvert de l'Etat ou d'organisations diverses. Parallèlement, le Gouvernement s'efforcera d'améliorer le fonctionnement du système judiciaire et du régime carcéral, en bannissant notamment et en punissant sévèrement en la personne de leurs auteurs les arrestations arbitraires et abusives ainsi que les traitements dégradants infligés aux prévenus.
Les moyens humains, matériels et financiers du pays étant fort limités, il est fait appel à l'assistance financière et technique extérieure, notamment dans le domaine de la formation des magistrats, des officiers du ministère public et des auxiliaires de la justice.
Le Gouvernement rwandais a également réaffirmé dans l'Accord de paix sa volonté de résoudre définitivement le problème des réfugiés ainsi qu'il s'y était engagé dans la Déclaration de Dar es-Salaam du 19 février 1991, lors du sommet régional qui a examiné le problème des réfugiés rwandais.
La tâche sera donc ainsi ardue pour le gouvernement de transition à base élargie prévu par l'Accord, dans le cadre du Protocole sur le partage du pouvoir entre les forces politiques intérieures et le Front patriotique rwandais. Ce gouvernement sera mis en place dans les prochains jours, dès que les conditions préalables seront réunies. La tâche sera ardue aussi pour tout le peuple rwandais, qui est finalement l'auteur principal et le bénéficiaire du progrès et du bien-être recherché.
En dépit de la volonté et de la détermination du peuple rwandais et de son gouvernement, force nous est de reconnaître que les moyens internes disponibles sont grandement insuffisants face au travail à abattre. Aussi attendons-nous de la communauté internationale le support et le complément à nos propres efforts.
La première contribution attendue de la communauté internationale est la mise en place, le plus rapidement possible, d'une force internationale neutre également prévue dans l'Accord d'Arusha. Au nom du peuple rwandais, il me plaît de présenter à l'Organisation des Nations Unies en général et aux membres du Conseil de sécurité en particulier nos sentiments de gratitude pour la décision historique que notre organisation a prise hier, par l'adoption de la résolution qui a institué la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) tant attendue pour la mise en oeuvre de l'Accord de paix d'Arusha.
L'Accord assigne à cette force une mission générale de contribuer à la mise en oeuvre de l'Accord de paix, plus particulièrement en supervisant la mise en oeuvre du Protocole sur l'intégration des forces armées des deux parties et en fournissant toute forme d'assistance aux autorités et aux organes compétents. De façon plus spécifique, l'Accord lui assigne, entre autres, des missions de sécurité, dont notamment celles de garantir la sécurité générale du pays et de vérifier en particulier comment les autorités et les organes compétents assurent le maintien de l'ordre public, de contribuer à assurer la sécurité de la population civile, d'effectuer les opérations de déminage, de contribuer à la recherche des caches d'armes et à la neutralisation des bandes armées à travers tout le pays, de contrôler le respect par les deux parties des modalités de cessation définitive des hostilités telles que contenues dans l'Accord de paix.
Enfin, l'Accord d'Arusha confie à la force internationale neutre des missions de supervision du processus de formation de l'armée nationale, dont je ne mentionnerai que la supervision de l'opération de désengagement des forces, la supervision de l'opération de démobilisation des militaires et gendarmes et la participation au programme de formation des membres des nouvelles forces armées.
C'est dire combien la mise en place de cette force internationale neutre est nécessaire et urgente pour permettre la formation du gouvernement de transition à base élargie, la réinstallation des déplacés de guerre, le rapatriement des réfugiés et, d'une manière générale, la reconstruction nationale dans des conditions de sécurité maximale.
Une autre contribution, non moins vitale, attendue de la communauté internationale, plus spécialement du système des Nations Unies, et, sur le plan bilatéral, des pays amis et de diverses organisations non gouvernementales, consistera dans le financement des programmes prioritaires que j'ai évoqués il y a un instant.
Aujourd'hui plus que jamais, le Rwanda a besoin de l'attention, de la sollicitude et de la bienveillance de la communauté internationale. Il compte sur la générosité de cette communauté pour se redresser, pour se relever des affres de la guerre. Puisse cet espoir se réaliser très prochainement.
Fort du soutien de la communauté internationale, le peuple rwandais espère ainsi traverser, sans trop de heurts, la période de transition qui, malgré les balises posées par l'Accord de paix, pourrait se révéler éprouvante. Mais les Rwandais comptent sur le patriotisme et le sens de responsabilité qui doivent caractériser leurs autorités politiques et les leaders des partis participant au Gouvernement et à l'Assemblée nationale de transition, pour consolider les acquis démocratiques et asseoir à jamais les bases de la paix et de la concorde nationale. Une fois exorcisés les démons de la division, il n'y a pas de doute que le peuple rwandais bâtira une nouvelle nation et connaîtra à nouveau, un progrès continu.
Au cours de la présente session auront lieu des élections pour un certain nombre de sièges au Conseil de sécurité. Le Rwanda a officiellement posé sa candidature à un siège non permanent au sein de cette instance chargée de veiller à la paix et à la sécurité internationales. Sa candidature a été appuyée par le dernier Sommet de l'Organisation de l'unité africaine qui s'est tenu au Caire à la fin de juin de cette année. Je sollicite, en ma qualité de chef de l'Etat, la confiance de votre auguste assemblée pour mon pays, le Rwanda n'ayant jamais siégé au Conseil de sécurité. En tant qu'Etat soucieux de remplir ses responsabilités, y compris sur le plan international, le Rwanda estime qu'il peut, aujourd'hui plus qu'hier, apporter sa modeste contribution au maintien de la paix dans le monde et à la restauration de celle-ci dans les régions et les pays troublés.
Sortant lui-même d'une guerre qui l'a tant éprouvé, le Rwanda connaît mieux le prix de la paix, cette paix qu'il vient de recouvrer grâce notamment aux efforts de la communauté internationale.
Voilà les raisons qui ont motivé le Rwanda à poser sa candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité : pour aider les autres nations en guerre à retrouver la paix, mais aussi pour travailler, de concert avec les autres membres du Conseil, à la consolidation de la paix à l'intérieur de ses propres frontières. Le Rwanda espère être investi de votre confiance.
Pays anciennement sous la tutelle des Nations Unies tout au long de la période ayant précédé son accession à l'indépendance nationale, mon pays, le Rwanda, fraîchement sorti des affres d'une guerre sans nom et soucieux de se reconstruire en tirant les leçons du passé, a toutes les raisons de s'estimer adulte et de vous assurer de sa détermination sans faille d'oeuvrer à l'avènement de la paix dans le monde et à la compréhension entre les nations. En son nom, je renouvelle à l'Organisation des Nations Unies, nos voeux profonds de succès et de rayonnement, pour le bonheur de l'humanité entière.