Messages · 1er janvier 1978

Message à la Nation et au Corps diplomatique pour le Nouvel An 1978

Excellences Messieurs les Membres du Corps Diplomatique et Consulaire,

En réponse aux aimables voeux que votre Doyen vient de Nous adresser en son nom et au nom de vous tous, permettez- Nous de vous exprimer les Nôtres, au nom de tous les militants et de toutes les militantes rassemblés au sein du Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, à l'intention de chacun de vous ici présents et de sa famille, à celle des Souverains et Chefs d'Etat qui vous ont accrédités auprès de Nous et à celle des peuples que vous représentez. Au souhait que Nous formons de vous voir transmettre à vos Souverains et Chefs d'Etat, dont vous êtes les dignes représentants, l'expression de Nos voeux les plus sincères pour leur auguste personne et pour leur peuple, Nous joignons l'espoir que chacun de vous pourra, au cours de l'année 1978, accomplir son éminente mission dans les conditions suffisamment satisfaisantes, pour que les heureux rapports que le Rwanda entretient avec vos pays demeurent les meilleurs possible. Nous avions souhaité au début de l'année qui s'achève, que 1977 fût une occasion pour imprimer à ces rapports d'amitié et de coopération une dimension réellement plus large, plus profonde, plus dynamique, plus agissante et plus humaine dans l'intérêt mutuel et bien compris de Nos peuples respectifs et de la paix dans le monde. Nous avons été témoins des efforts déployés, souvent aussi par chacun de vous personnellement, en vue du renforcement de Nos relations et de l'amélioration de la coopération entre vos pays et le nôtre. Mais Nous sommes aussi conscients que les résultats n'ont pas été toujours à la mesure de Nos espoirs. Cependant. Nous restons convaincus que davantage de concertation et de coordination de ces efforts conduiront à de meilleurs résultats. Ceux atteints depuis l'avènement de la IIe République Nous autorisent à plus de confiance et de sérénité dans notre action en faveur de la rénovation nationale et de la paix. Nous sommes heureux de voir cette paix bien assise et consolidée chez Nous, en même temps que Nous constatons que de part le monde les initiatives se multiplient pour que s'ouvre vraiment une période pacifique qui serait caractérisée par la détente et la coopération internationale.

Pourtant, Nous devons regretter qu'en cette fin de l'année 1977 et au début de 1978 les déceptions soient encore trop grandes à cause des difficultés devant lesquelles se trouve le monde:

  • difficultés d'ordre économique;
  • difficultés dans le domaine politique;
  • difficultés d'ordre social.

La paix suppose que cessent les conflits en cours, les destructions de vies et de biens et l'oppression qu'ils entraînent, les risques croissants d'extension qu'ils comportent. Elle suppose, cette paix, que cessent les conflits qui sévissent en Afrique comme ailleurs, que soient arrêtées les interventions dans les affaires d'autres peuples, que soient établis des moyens efficaces pour liquider ou barrer la voie aux actes de violence, que soient diminués au moins les contrastes criants entre la prospérité de plusieurs et le dénuement d'une grande partie de l'humanité.

Fidèles aux idéaux de Notre Mouvement, Nous réaffirmons Notre soutien inébranlable aux peuples en lutte pour recouvrer leur liberté et leur dignité. Nous sommes convaincus que leur victoire sera un apport en faveur de la paix non seulement pour l'Afrique mais pour d'autres parties du Monde. Notre contribution et Nos encouragements restent donc acquis à toute action, à toute démarche dont l'objectif est, soit la recherche ou l'instauration de la paix entre les hommes et entre les nations, soit la recherche des moyens destinés à aider une partie de l'humanité à s'affranchir de la misère et de la faim.

Militantes, Militants du Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement,

De tout Notre coeur, Nous vous offrons Nos meilleurs voeux de Nouvelle Année 1978. Ce n'est pas la première fois. Il y aura bientôt cinq ans, qu'ayant fait quitter le pays le chemin du déclin, la IIe République lui a fait prendre la route qui monte.

Ainsi donc pour la cinquième fois, Nos voeux profondément sincères vous sont adressés d'un coeur que, depuis la date mémorable du 5 juillet 1973, n'épargnent pas les soucis au sujet du sort de notre Chère Patrie, mais qui est rempli d'espoir, parce que notre situation est devenue plus claire et parce que le pays sait mieux ce qu'il veut. Nous sommes donc profondément touchés par les voeux, qu'en votre nom, le Secrétaire Général de Notre Mouvement vient de Nous exprimer. Vos souhaits sont pour Nous le plus sûr garant de votre soutien et le meilleur encouragement pour la poursuite de Notre action entreprise pour le développement de notre Pays.

Nous nous sommes engagés à construire dans la dignité, et avec le soutien de chacun de vous, le bonheur du peuple rwandais. C'est dans ce cadre que chaque année, depuis que Nous sommes à la tête du Rwanda, s'est vue assignée un objectif précis devant retenir particulièrement l'attention et les efforts de la collectivité nationale. 1974 fut proclamée année agricole, 1975 année de l'augmentation de la production, 1976 année du Mouvement, tandis que 1977 a été déclarée année de l'habitat.

Les mots d'ordre que Nous avons ainsi lancés, et qui sont une mise en pratique du Manifeste de Notre Mouvement, ont été accueillis et suivis avec enthousiasme dans la limite des possibilités et des moyens disponibles. Nous voulons rappeler que les actions entamées ne doivent pas être terminées par le dernier jour de l'année. La lancée ainsi imprimée doit plutôt être poursuivie dans chaque domaine spécifiquement visé, domaine que nous trouvons vital pour notre chance de sortir du sous-développement. Nous aurions souhaité pour toutes ces actions, vous faire un rapport chiffré. Nous n'avons pas pu le faire. L'agriculture, l'augmentation de la production, la mobilisation par le M.R.N.D., le souci continu d'un bon et bel habitat, exigent un effort constant tant de la part du Gouvernement, des entreprises para-étatiques ou privées, que de chaque Rwandais individuellement.

Nous ne dirons malheureusement pas que tout a réussi comme Nous l'aurions souhaité. Mais Nous avons pu nous rendre mieux compte qu'en notre temps également, des forces énormes sont à l'oeuvre qui handicapent le progrès recherché et Nous préoccupent à chaque instant.

C'est ainsi que pour l'année 1977, année de l'habitat, malgré l'effort remarquable et la bonne volonté manifeste fournis par la population pour répondre à Notre consigne, les résultats enregistrés sont encore insuffisants. Mais l'action amorcée doit se poursuivre et s'étendre dans le temps, vu que les moyens économiques, la planification dans le choix des zones de regroupement et l'étude des avantages pour la communauté doivent davantage faire l'objet des priorités dans les calendriers des autorités tant au niveau local que central.

L'enseignement du Manifeste au sujet de l'habitat reste donc totalement valable et il importe que chaque responsable en soit pénétré : «Le système actuel de l'habitat dispersé ne permet pas de faire bénéficier le plus de citoyens possible des avantages de l'infrastructure socio-économique ni de planifier rationnellement le développement rural. Aussi, le Mouvement préconise-t-il la suppression progressive de ce système. Les étapes indispensables au changement des mentalités doivent néanmoins être respectées.»

Ce respect des étapes implique que soient conciliés les aspirations de la population et les objectifs fixés par les autorités. La population doit donc être constamment associée à toute action d'envergure qui la concerne à court comme à long terme. Le succès de l'entreprise en dépendra.

Il faut que tous les responsables comprennent et se convainquent que, quelles que soient les difficultés que comportent la marche de ce peuple vers son progrès et sa prospérité, il n'en accomplit pas moins son œuvre avec un succès à la mesure de ses moyens, une constance et un courage que rien n'ébranle. A cet égard le contraste est perceptible par rapport à la confusion où naguère il se débattait.

Parce que, grâce à l'impulsion du Gouvernement de la IIe République, notre pays a trouvé l'équilibre politique qui est la première condition de sa survie. Nous voulons faire encore appel à l'élan et au courage de Notre peuple, pour que là où il est possible et utile de le faire, son action puisse contribuer à l'amélioration de son mieux-être au cours de l'année qui vient.

L'année qui vient. 1978, nous voulons la consacrer à l'Elevage.

Après avoir insisté et réservé beaucoup de moyens à l'agriculture, Nous voulons attirer l'attention de tous les Rwandais sur le problème de l'élevage et de son importance dans notre économie.

Comme Nous avons pu le dire à plusieurs reprises. «pour nous Rwandais, l'objectif de produire plus, est moins une option politique qu'un problème de survie pour nous-mêmes et pour nos enfants». C'est dans ce cadre que Nous demandons à chaque militante et à chaque militant, de se convaincre que l'association étroite de l'agriculture et de l'élevage est une nécessité absolue, sans laquelle notre patrimoine le plus précieux, le sol, serait gravement menacé et l'avenir meilleur que Nous voulons pour notre pays, compromis.

Nous devons traduire en actions, notre conviction que l'élevage rationnel est un élément indispensable à l'augmentation de la production agricole et par conséquent nécessaire aussi à notre survie.

C'est dans cette optique que le Manifeste commande qu’«il nous faudra réaliser, avec la participation de tout le peuple et dans son intérêt, des transformations agraires, la réforme foncière, et l'introduction d'un système cultural et d'élevage plus moderne».

Notre pays est réputé être un pays d'élevage. Les conditions climatiques y ont été et y sont propices pour une action en ce sens. Mais en parlant d'élevage au cours de son histoire, le Rwandais a souvent compris l'élevage surtout de bovin qui fut très longtemps apprécié pour des raisons de prestige et pour son rôle politique et psychologique plus encore que pour des raisons économiques.

[…]

Nous demandons donc que soit approfondi le sens de cette évolution qui s'est opérée. Nous voulons voir dans l'élevage, dans une conception renouvelée et adaptée, un facteur de progrès de la population, de cette population qui a besoin de viande, de lait et surtout qui doit recourir aux engrais naturels fournis par les animaux pour maintenir et augmenter la production du sol.

En fait, pour Nous, le temps n'est plus de continuer de séparer notre agriculture de notre élevage. Et si nous constations qu'une certaine dualité existe entre les cultures et l'élevage, à cause de l'organisation du travail, il nous faut désormais reconnaître que ni l'agriculture ni l'élevage ne sauraient plus nous faire vivre s'ils ne sont pas associés harmonieusement au sein des exploitations agricoles.

Et comme nous venons de le mentionner, lorsque nous parlons d'élevage, nous n'entendons pas viser uniquement le gros bétail. Comme vous le savez, notre pays a des possibilités limitées en pâturages. Aussi, cette limitation impose-t-elle que soient éliminées systématiquement les vieilles bêtes improductives. Il faut oser le faire. Il n'est plus question d'avoir des vaches pour l'énormité de leurs cornes, pour le plaisir de les contempler. Il faut avoir un bétail qu'on est capable d'entretenir, et sans empiéter sur les droits des autres, notamment lorsqu'il s'agit de trouver des pâturages, en vue de sa meilleure rentabilité économique.

Nous savons qu'il existe des zones dans lesquelles les pâturages sont fort réduits. Pour ces zones, nous voulons qu'y soit intensifié le petit élevage. Ce menu bétail, s'il est bien entretenu, peut non seulement procurer un revenu équitable au paysan rwandais, mais également assurer l'équilibre alimentaire dont il a grandement besoin. Et cet effort spécial dans le domaine de l'élevage, Nous le demandons à chaque Rwandais et à chaque Rwandaise, aux cadres comme aux paysans, aux élèves et étudiants de tous niveaux. Elevons vaches, chèvres, porcs, moutons, lapins, poules, poissons; tout ce qui peut améliorer notre alimentation.

Nous demandons donc au Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage de continuer à intensifier les actions visant à réaliser effectivement et efficacement une union prospère de l'agriculture et de l'élevage. Nous pensons particulièrement à la protection des pâturages, à la pratique des cultures fourragères, à l'adaptation de l'élevage aux conditions du milieu rural, à l'intensification de l'action sanitaire, à la diffusion du bétail sélectionné et productif.

Nous attirons particulièrement l'attention du cadre vétérinaire sur son rôle dans ce domaine de l'élevage. Nous lui demandons plus d'effort et plus d'imagination pour éduquer et aider le paysan rwandais dans sa nouvelle orientation tracée à l'élevage dans ce pays. Le rôle du vétérinaire n'est pas limité à la seule expertise des viandes sur les marchés. Son rôle principal est plutôt d'informer, d'éduquer et d'aider la population pour une meilleure exploitation de nos ressources animales.

Les méthodes d'installation des fermettes doivent être davantage vulgarisées et mieux utilisées. Elles nous permettent pour le moins de récolter une quantité non négligeable de fumier pour améliorer notre sol. Si nous voulons produire plus dans le secteur agricole, nous devons veiller à une meilleure utilisation de ce fumier, ce qui sera possible dans la mesure où notre élevage sera organisé.

Cette organisation et cette rationalisation de l'élevage associé à l'agriculture dans notre pays doivent nous permettre de rompre les déséquilibres alimentaires dont souffre une grande partie de la population: la pauvreté en protéines animales, en graisses, en vitamines, en éléments minéraux qui déterminent de nombreux cas de maladies de carence.

Dans cette action importante que Nous engageons, le Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage a un rôle primordial, mais il ne peut réussir son action sans le concours de tous les autres services oeuvrant directement dans le milieu rural. Soulignons ici l'action des agents dits «encadreurs» dans la commune et dont il faut par ailleurs améliorer, et la coordination avec les autres services communaux, et le rendement. Dans l'effort que Nous demandons spécialement à ces services, Nous insistons pour qu'ils soient guidés également par le réalisme qu'inspire notre Plan quinquennal sur ce chapitre de l'élevage: «Pour les productions animales, chacun sait que le développement du gros élevage se heurte à des contraintes très fortes, inhérentes au milieu naturel, à savoir la réduction inéluctable des terres de pâturage sous la pression démographique. Il s'agira donc pour lui d'intensification plus que d'accroissement en valeur absolue. Cependant pour faire face au déficit de l'alimentation en protéines animales, un accent particulier sera mis sur le petit élevage et la pèche dont la production devra s'accroître de 22,6% l'an.»

Et en invitant ce Département à intensifier les actions visant à réaliser effectivement une union prospère entre l'agriculture et l'élevage, Nous lui ajoutons d'envisager, d'encourager et d'aider, techniquement - là où c'est possible et dans l'intérêt réel de la population - la naissance et le développement de coopératives d'éleveurs.

En définitive, la promotion et le développement d'un élevage rationnel doit viser les buts suivants, qui sont par ailleurs inscrits dans notre deuxième Plan quinquennal de développement:

  • permettre de satisfaire les besoins alimentaires de nos populations;
  • constituer un élément important dans notre action d'augmenter la production agricole;
  • améliorer la position de notre économie dans nos relations commerciales par l'exportation de certaines de nos productions animales.

Excellences Messieurs les Membres du Corps Diplomatique et Consulaire,

Rwandaises, Rwandais,

L'objectif fondamental de Nos efforts demeure de continuer à soutenir Notre détermination à prendre en main Notre propre destinée. Même si nous ne mesurons avec exactitude tout ce qui peut arriver sur notre parcours, il reste qu'en toute hypothèse, ce qui compte, c'est notre effort et notre cohésion. Nous avons à travailler et à rester unis. Notre travail et Notre union, telles sont nos meilleures garanties au milieu des remous de ce monde. Depuis notre indépendance et surtout depuis l'avènement de la IIe République, nous avons su nous les assurer.

Nous souhaitons que pour l'année 1978, il en soit de même, pour avancer. Nous consacrons le maximum de nos efforts à maintenir la stabilité et la paix, en vue du travail, facteur de notre développement. Progresser est donc toujours notre ambition comme, une ambition nationale. Que chacun s'y mette et apporte sa contribution avec ardeur à la communauté nationale.

Et que chaque Rwandais, chaque habitant du Rwanda, se sente pleinement responsable de la paix et de la tranquillité de son compatriote et de son voisin. La paix n’est pas affaire d'autrui, elle doit être la préoccupation quotidienne de chacun d'entre nous.

En terminant ce message, nous voulons vous renouveler à tous nos souhaits d'une bonne et heureuse année 1978. Que pour le Peuple Rwandais, l'année qui commence soit une année de joie, de paix et de progrès à la construction desquels il aura lui même contribué.

A tous Nous disons Bonne Année 1978, Année de l'Elevage.

Vive le peuple Rwandais!

Vive la Paix Internationale!