Messages · 8 mars 1975

Message à l'occasion de la Journée de la Femme

Rwandaises, Rwandais,

Comme Nous l'avons déjà signalé à l'occasion des Voeux de Nouvel An 1975, les Nations Unies ont proclamé l'année 1975, Année Internationale de la Femme et lui ont assigné un triple objectif, à savoir :

  • promouvoir l'égalité entre l'homme et la femme,
  • assurer l'intégration complète des femmes dans l'effort total de développement,
  • reconnaître l'importance de la contribution amicale au renforcement de la paix dans le monde.

Tout en tenant compte de ce triple objectif, nous avons jugé bon en ce qui concerne notre pays, de mettre un accent particulier sur l'insertion de la femme rwandaise dans ce processus de développement.

En effet, l'élément féminin représentant plus de la moitié de la population rwandaise et contribuant pour une large mesure au progrès du pays surtout dans le domaine agricole, il importe de reconnaître à sa juste valeur le rôle éminent de la femme dans notre effort de développement.

L'EDIFICATION DE NOTRE PAYS NE PEUT SE CONCEVOIR SANS LE CONCOURS ACTIF DE SES FILS ET FILLES.

Notre Constitution consacre l'égalité en droit de l'homme et de la femme. Et d'ailleurs aussi loin que l’on descende dans l'histoire du Rwanda, on est agréablement frappé par le travail en équipe des femmes et des hommes, que ce soit sur leurs unités de production familiales, c'est toujours l'homme et la femme qui, dans un effort commun, travaillent leurs champs pour nourrir leurs enfants.

Rwandaises, Rwandais,

Si nous nous réjouissons du rôle qu'a joué de tout temps la femme dans la société rwandaise, force nous est cependant de constater que depuis plusieurs années le rôle de la femme dans divers pays a été discuté dans beaucoup de conférences nationales et internationales. Dans toutes ces conférences l'égalité des droits en théorie et en pratique a été exigée. Cependant la Commission de la condition de la femme existant auprès des Nations Unies et le fait même de déclarer l'an 1975, Année Internationale de la Femme, sont des preuves supplémentaires d'une distorsion entre la théorie et les faits.

Chez nous aussi, bien que la population féminine représente 51 % de la population totale, nous constatons que l'enseignement primaire ne touche que 39 %, de la population féminine scolarisable contre 47% pour les garçons, que l'enseignement secondaire ne compte que 34% de filles, que dans l'enseignement supérieur, le nombre d'étudiantes est encore très réduit et que la main d'ouvre féminine salariée n'est que de 7% de la population totale active rémunérée.

Cette situation prouve à suffisance un certain écart vis-à-vis des principes d'égalité entre l'homme et la femme, écart que nous avons hérité pour une grande partie du passé colonial qui s'est soucié très peu de l'éducation scolaire de la femme rwandaise et partant de son intégration dans le processus de développement.

Depuis l'indépendance de notre pays, nous avons essayé de corriger cette situation et bien des progrès ont été enregistrés. Des 7 écoles moyennes inférieures pour filles que le Rwanda comptait en 1960, nous avons passé à 19 établissements secondaires.

Face à cette carence dans l'éducation de la femme rwandaise, le Gouvernement a créé partout dans le pays des Foyers Sociaux destinés à dispenser une éducation et une formation de la population spécialement féminine en vue de l'emmener à participer efficacement au développement du Pays dans tous les domaines.

Cette action de formation et de mobilisation à laquelle nous avons donné plus de dynamisme dès l'avènement de la IIème République est matérialisée par l'ouvre de près de 400 foyers sociaux communaux, de secteur et de préfecture où un effectif de plus 700 travailleuses sociales, assistantes et monitrices sociales se dévouent constamment à la cause de la femme rwandaise.

Cinquante Centres Nutritionnels totalisant 170 monitrices nutritionnistes oeuvrent pour la promotion de la Santé de l' enfant et de la mère grâce à l'action théorique et pratique en matière de nutrition.

Cet encadrement au niveau de la population a permis des progrès déjà appréciables : La population féminine fait montre d'une ouverture d'esprit, la femme et la fille rwandaise participent de plus en plus activement à la vie publique. La Fonction Publique compte près de 700 cadres féminins et l'ensemble des autres services étatiques et privés emploient un nombre de cadres féminins estimé à plus de 4.000.

Pour la population rurale, une bonne partie de la population féminine a acquis une éducation qui lui permet d'améliorer les conditions de vie de la famille rwandaise notamment dans les domaines de l'alimentation et de la santé.

Concernant l'alimentation, il est heureux de constater qu'une lutte est engagée contre le kwashiorkor et la malnutrition en général.

Quant à la Santé, l'on note déjà, mis à part le nombre de dispensaires et de maternités qui a augmenté, une évolution dans la mentalité de la femme rwandaise qui a compris l'utilité des consultations pré et post-natales et une sensibilisation aux méthodes préventives contre les maladies.

Ce bref aperçu témoigne de l'effort déjà réalisé pour la promotion de la femme rwandaise. Mais beaucoup reste encore à faire et tous les responsables à tout échelon qu'ils soient doivent déployer plus d'effort et d'imagination pour assurer une promotion toujours plus grande de la femme rwandaise, préalable indiscutable pour sa réelle participation au développement du Pays et son effective égalité avec son partenaire masculin.

Parmi les objectifs à atteindre dans l'immédiat nous pouvons citer :

  • la mise au point du code rwandais de la famille ;
  • l'égalisation du taux de scolarisation entre les garçons et les filles ;
  • et la recherche des mesures appropriées en vue d'assurer aux femmes les mêmes droits qu'aux hommes dans les domaines social et de l'emploi.

Dans le domaine d'emploi, les femmes devraient cependant elles-mêmes prouver par leur rendement la pertinence de ces principes d'égalité.

Il a été déploré, spécialement au sein de la fonction publique, certaines habitudes de retard, d'absence injustifiée au service ci de rendement insuffisant de la part de certains fonctionnaires féminins.

Dès le début de cette année, le département des Maires Sociales a mis sur pied un programme pour la célébration de l'Année Internationale de la Femme au Rwanda ; nous exhortons les membres de la commission nationale et des commissions préfectorales pour la célébration de l'Année Internationale de la Femme, toutes les associations féminines ainsi que toutes personnes appelée, a y contribuer, à se pencher avec l'attention nécessaire aux études qui leur sont proposées afin d'en dégager des solutions réalistes permettant d'assister efficacement la Femme et la famille rwandaises.

Comme Nous l'avons déjà déclaré dans Notre message du 31 décembre dernier, que cette année laisse des bases solides pour la participation au développement de notre société par la femme rwandaise en sa double qualité de citoyenne responsable et de mère du Rwanda de demain.

Vive le peuple Rwandais.