Rwandaises,
Rwandais,

Comme vous le savez, nous avions signé l’accord de paix d’Arusha, le 4 août 1993. La signature de cet accord devait sceller la fin de la guerre, permettre aux déplacés de guerre de retourner dans leurs biens et résoudre le problème des réfugiés rwandais.
A cette fin, l’accort de paix prévoit la mise en place des Institutions de la transition spécialement l’Assemblée Nationale et Transition et le Gouvernement de transition à Base Elargie.

Il y a lieu de se féliciter que les conditions prévues par l’Accord de paix sont déjà réunies et que ces Institutions peuvent être mises en place. Ces conditions sont notamment le déploiement de la Force Neutre des nations-Unies, le départ des troupes étrangères et l’arrivée à Kigali du bataillon du Front patriotique Rwandais-INKOTANYI, chargé d’assurer la sécurité des Officiels du FPR qui participeront aux Institutions de la transition.

Ces personnalités du FPR sont arrivées à Kigali le 28 décembre 1993. Le 8 janvier 1994, j’ai eu des entretiens avec une délégation du FPR et j’ai saisi l’occasion pour souhaiter aux membres du FPR la bienvenue dans notre pays, dans leur pays.
Le 5 janvier 1994, j’avais souhaité qu’une autre étape soit franchie, à savoir la prestation de serment par le président de la République comme le prévoit l’Accord de paix et la mise en place de l’Assemblée Nationale de Transition.

Le président de la république a prêté serment. Cependant nous avons regretté que l’Assemblée Nationale de Transition n’a pas pu être mise en place à cause surtout de l’absence des députés du FPR et du PSD. Certains députés du MDR et du PCD ne se sont pas présentés à la cérémonie.
Bien plus, le Premier Ministre actuel et le Premier Ministre désigné du gouvernement de transition à Base Elargie, ainsi que le président de la Cour Constitutionnelle ont boudé la cérémonie.
Après la mise en place de l’assemblée nationale de transition, les cérémonies relatives à la prestation du serment du premier ministre et de son équipe gouvernementale devaient suivre sans tarder. J’ai fort regretté que ce calendrier ne s’est pas réalisé alors qu’il pouvait permettre à notre pays de sortir de la situation de blocage actuelle.
Rwandaises,
Rwandais,
Je voudrais vous rappeler à nouveau que l’Accord de Paix d’Arusha accorde des pouvoirs étendus aux partis politiques devant participer aux Institutions de la transition. Cet accord leur confie en effet la responsabilité de désigner leurs représentants à l’Assemblée Nationale de Transition. Il détermine le nombre de portefeuilles ministériels dévolus à chaque parti, ainsi que le nombre de leurs députés à l’assemblée nationale de transition. Dès lors, aucune personne, aucune institution, ne peut dépouiller les partis et formations politiques des droits qui leur sont reconnus par l’Accord de Paix d’Arusha
Nous devons donc respecter le prescrit de l’Accord de paix et éviter de nous ingérer dans la gestion interne des partis. Nous devons laisser aux responsables des partis politiques le soin de prendre souverainement les décisions dans le respect des statuts de leurs partis.
C’est dans cette voie du respect des lois et règlements que nous avons tous choisis, en posant la signature sur l’Accord de Paix.
Nous devons, par conséquent, demander avec insistance aux forces politiques qui n’ont pas encore obtenu en leur sein, le consensus sur les listes de leurs représentants à l’Assemblée nationale de transition et au Gouvernement de Transition à Base Elargie, de mettre tout en œuvre pour enrayer rapidement les entraves afin d’aider notre pays à sortir de l’impasse et de permettre la poursuite de la mise en place des Institutions prévues par l’Accord de paix d’Arusha.
Permettez-moi de rendre hommage à tous ceux qui n’ont cessé d’épauler ces partis politiques afin que leurs dirigeants trouvent des compromis nécessaires et s’entendent sur les listes de leurs représentants dans les institutions de la Transition.
Les Hauts Responsables de l’Eglise Catholique et des Eglises Protestantes au Rwanda ont rendu publiques des propositions concrètes sur la désignation des personnalités devant représenter les partis politiques dans les institutions de Transition.
Les Représentants des pays amis du Rwanda et beaucoup d’autres personnes n’ont à leur tour cessé de prodiguer des conseils judicieux aux partis MDR et PL, afin qu’ils trouvent une solution rapide aux entraves actuelles.
Rwandaises,
Rwandais,
Tenant compte des défis auxquels notre pays est confronté, soucieux de ne pas décevoir les pays amis qui ont bien voulu nous venir en aide en envoyant des contingents militaires dans notre pays, déterminés à sauvegarder la paix, nous ne pouvons pas tolérer que notre pays reste dans l’impasse à cause de certaines formations politiques devant participer aux Institutions de la Transition et qui ne semblent pas mesurer l’inquiétude de la population rwandaise, face aux difficultés de mettre en place les Institutions de la transition. Ces formations politiques ne devaient pas continuer à faire fi de tous les conseils qui leur sont donnés.
C’est pour cette raison qu’informé de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations engagées par ces partis, il m’est d’avis que nous devons nous imposer la ligne de conduite suivante et le calendrier ci-après qui devraient nous conduire à la mise en place la semaine prochaine, des deux Institutions de la transition restantes, à savoir l’Assemblée nationale de Transition et le Gouvernement de Transition à Base Elargie.

1. Nous ne pouvons en aucun cas contourner ni l’Accord de Paix d’Arusha, ni la loi sur les Partis Politiques, ni les Statuts des partis politiques. Agir autrement, ne nous amènerait à aucune solution, car ce serait aller dangereusement à l’encontre de notre engagement de baser notre conduite sur les principes de l’Etat de droit. C’est pour cela que nous devons à tout prix ne tenir en considération que les listes fournies par les Représentants légaux des partis politiques.

2. Toute personne qui aurait à redire sur ces listes fournies par les Représentants Légaux de son parti devrait recourir aux instances judiciaires, comme le prévoit l’article 28 de la loi sur les partis politiques. Elle pourrait tout autant s’en référer aux instances compétentes de son parti, conformément aux statuts, pour que justice lui soit faite.

3. Je souhaite que tout cela soit terminé au plus tard le jeudi 20 janvier 1994. Ainsi, nous serions à mesure de mettre sur pied rapidement, les Institutions de la transition, dans le respect des lois et des statuts des partis. Cela ne contrarie en rien quiconque se sentirait lésé de continuer à recourir auprès des instances habilitées mais également de continuer à favoriser le processus de réconciliation entre les diverses tendances des partis politiques.
Je demande donc à tous les Rwandais de nous aider, de m’aider à mettre en place l’assemblée Nationale de Transition et le Gouvernement de Transition à Base Elargie au courant de la semaine prochaine. Le peuple rwandais en déjà assez du vocabulaire et des comportements qui risquent de le plonger dans le chaos et qui vont en l’encontre de la réconciliation nationale qui est l’objectif majeur que nous avons décidé de poursuivre lors de la signature de l’Accord de paix. Faisons tout pour contrer tous ceux qui continuent d’entraîner notre pays dans la voie du désordre et du chaos.
Rwandaises,
Rwandais,

Je voudrais vous demander de garder patience, pour permettre au Premier ministre désigné de conclure ses concertations avec les partis politiques. Mais nous lui demandons instamment de nous fournir rapidement les conclusions constructives permettant la mis en place du gouvernement de Transition à Base Elargie, en respectant strictement l’accord de paix d’Arusha, en évitant toute ingérence dans les affaires des partis et en favorisant à tout prix l’objectif de réconciliation.
Rwandaises,
Rwandais,

Soyons patients et gardons l’espoir. Faisons tout pour maintenir la sécurité de tous. Soyons fermes pour sauvegarder notre paix qui constitue la motivation de l’Accord d’Arusha. Luttons ensemble pour promouvoir l’Unité nationale. Je vous invite à garder le calme et à éviter tout acte de provocation. Luttons toutes et tous pour sauvegarder la sécurité et la tranquillité dans notre pays.

Je demande aux diverses autorités, spécialement aux autorités de base ( aux Bourgmestres, aux Conseillers, aux Responsables des Cellules), de rester près de la population pour la tranquilliser et l’aider à promouvoir sa sécurité et la saine cohabitation.